O cimetière des apparitions mélancoliques ! Le tissu d’un mur blanc, le dessin d’un lézard sur l’apparence de la porte, les dalles et le gazon, damier funéraire où se posent les hirondelles, comme des jetons de rêve, et le crépuscule déployant les mousselines vaporeuses de ses bleus éteints, de ses amarantes passés. Et le croissant de la lune au bord de l’horizon…
Ghazlane la Persane s’avance vers moi, légère comme une buée et tenant une cithare transparente comme un nuage. Dans le monde sans forme réelle comment peut-on baiser tes lèvres, étreindre ta taille souple ? Et à côté d’elle je vois un cyprès qui s’élance vers le ciel, pareil à une prière douloureuse.
Azad le poète, me sourit de loin. Il s’appuie sur un bâton comme jadis : « N’aimais-tu pas le vin, ami ? Avec quelle bouche bois-tu ? » Il me fait signe de m’approcher… Plus près encore. Il veut me dire un secret à l’oreille, le grand secret, qui fait rêver les hommes vivants. Mais d’un citronnier, dans une mare de pluie, tombe un citron et il jaillit une étoile de gouttes d’argent. Je m’éloigne sans me retourner. Que le croissant de la lune est beau au bord de l’horizon ! Comme la terre est solide ! O cimetière des apparitions mélancoliques !
LE SILENCE DES MASQUES
Quand nous sommes allés chez le collectionneur de masques, nous avons vu des samouraï, des empereurs et des dieux.
Certains visages avaient des cornes de métal et d’autres des barbes rouges et de longues dents aiguës.
Il y en avait qui ressemblaient à Vritra et d’autres à Ahi et d’autres qui étaient comme Naga le démon serpent.
Tu avais peur et tu tremblais au milieu de tous ces visages de laque et d’ivoire et tu demandais s’ils n’allaient pas s’animer et faire claquer leur mâchoire.
Mais le collectionneur de masques t’a dit : O mon enfant ! Nous sommes dans le monde des apparences trompeuses, des passions immobiles, du mal inoffensif.
Je vis au milieu de ces figures parce que si elles sont terribles, elles sont muettes et que je préfère la fureur tranquille des masques à l’hypocrite bonté des visages d’hommes.