Un jour, comme nous avions pénétré dans la forêt et que nous rentrions à l’heure du soleil couchant, — hâtivement, je dois le dire, parce que les dangers commencent avec la nuit — nous entendîmes un cri, ou plutôt un chant, une sorte de mélopée étrangement évocatrice et qui avait dans ses accents quelque chose de religieux. Je distinguai des paroles chantées qui correspondaient à peu près à ceci :

— Om, Mani, Padmé, Aum !

J’arrêtai mon cheval et je voulus revenir en arrière pour ramener le malheureux, sans doute égaré, qui errait seul dans la forêt, à l’heure où la nuit descend.

Mais Eva secoua la tête et me fit signe de continuer ma route.

— C’est Chumbul, le saint. Il habite très loin, de ce côté, en pleine forêt, et il ne se promène que la nuit.

— S’il sort la nuit, dis-je, comment n’est-il pas mangé par le tigre ou par les autres bêtes sauvages ?

A ces paroles, Eva se mit à rire et Djath, qui était derrière elle, fit de même, comme si j’avais dit une chose infiniment plaisante et invraisemblable.

Et nous repartîmes, tandis qu’au loin retentissait la voix de celui qui, non seulement errait seul, la nuit, dans la forêt, mais encore se signalait aux fauves par ses cris.

La conduite de monsieur Varoga à mon égard, la vie cachée qu’il menait dans sa chambre, me paraissaient énigmatiques, mais cela était encore le mystère qui devait s’expliquer le plus aisément.

Je fus réveillé plusieurs fois la nuit par des grondements formidables qui semblaient partir de l’intérieur de la terre. J’en eus des sueurs froides et dès l’aurore je courus dans la maison en demander l’explication. Ni les maîtres, ni les serviteurs ne s’étaient même aperçus de ces phénomènes. Cela tenait à la nature volcanique du terrain, me fut-il répondu, et rien de fâcheux ne résultait jamais pour les hommes de ces tonnerres souterrains.