A la clarté des étoiles, assis dans de grands fauteuils d’osier, nous étions côte à côte, tenant chacun un éventail carré et l’agitant pour chasser les moustiques. Au loin, les dernières lumières des villages s’étaient éteintes. Tous les serviteurs avaient dû aller se coucher, car un grand silence enveloppait les alentours de la maison.
Eva se taisait. La conversation était morte tout à coup entre nous, faisant place à ces paroles plus éloquentes qui n’ont pas besoin de syllabes pour s’exprimer.
Je regardai Eva. Elle était inclinée sur son fauteuil de mon côté et sa tête était penchée vers moi, assez près de la mienne.
La lune était tombée derrière la ligne des arbres en sorte qu’il n’y avait pas assez de lumière pour distinguer exactement les traits de la jeune fille. Mais j’y crus reconnaître une expression d’attente. Je pensai que le moment était venu. Je lui pris une main qu’elle ne retira pas et me mettant sur un genou, je lui dis que je l’aimais. Puis tendrement, mais avec la réserve due à une jeune fille, je portai sa main à mes lèvres et je l’effleurai.
Cela ne produisit pas sur elle l’effet de confusion et de tendresse que j’espérais.
J’entendis tomber comme une cascade métallique un rire frais, sonore, sincère. J’eus la sensation que par toute la vérandah roulaient de petites perles harmonieuses. Ce fut très court et aussitôt elle mit son éventail sur son visage.
— Pourquoi riez-vous ? dis-je, croyant à quelque cause extérieure que je ne percevais pas.
Eva abaissa son éventail. Il y avait sur son visage une expression de gaîté, et aussi un peu de déception.
— Je ris, parce que vous n’êtes pas un homme très moderne. Mais cela ne fait rien. Je vous aime bien. Il est très tard. Le récit de vos dangers pendant cette journée m’a brisée, nous reparlerons de cela demain, si vous voulez bien ?
Elle s’était levée. Je ne savais que dire. J’avais la crainte confuse d’avoir laissé passer une occasion. Je me disais que peut-être… mais non, ce n’était pas possible. Je baisai encore la main qu’Eva me tendait et elle disparut dans la maison. Elle monta en courant l’escalier qui menait à l’étage supérieur et il me sembla que les perles musicales s’égrenaient encore derrière elle.