Celui qui a tué un chat, un geai bleu, une mangouste ou un lézard doit se retirer au milieu de la forêt et se consacrer à la vie des bêtes jusqu’à ce qu’il soit purifié.

J’avais déjà entendu cette phrase, mais je ne me rappelais ni où ni quand. Elle me fit comprendre pourquoi le pauvre vieux Muhcin était venu me trouver. Il voulait me faire des remontrances sur ma manière de traiter les bêtes. J’eus pitié de lui et je l’écoutai en silence, car il faut avoir des égards pour la vieillesse, même quand elle radote.

On parlait de moi dans Singapour. Il avait été question d’un héron enflammé, d’un castor privé de ses enfants d’adoption, d’un éléphant que j’avais tué. Monsieur Muhcin avait beaucoup aimé mon père. Il m’aimait aussi. Il me voyait avec tristesse maltraiter mes frères les animaux.

Je me repris à rire à l’idée que je pouvais être considéré comme le frère du tigre de Java.

— Je ne sais pas, dis-je, quel est ce Manou dont vous me parlez, pas plus que cette Khoutouktou du Thibet et je crois que ce n’est pas très intéressant pour moi.

J’avais orienté, sans en avoir l’air, l’ennuyeux donneur de semonces vers la porte de sortie.

— C’est très intéressant pour vous au contraire, me dit-il, en levant son doigt tremblant et en baissant la voix comme s’il s’agissait d’un secret. Je vous promets de me renseigner sur cette lamaserie de femmes de Java. Je vous le promets. Naturellement, il faudra que vous me promettiez de ne rien faire si…

Il n’acheva pas. Je l’écoutais à peine. Je me disais qu’il avait eu raison de toucher son front avec le doigt, et je m’étonnai qu’il pût avoir conscience de son radotage. Ce n’est que plus tard que ses paroles me revinrent.

Je le regardai s’éloigner dans la rue. Il s’effaçait avec discrétion quand il croisait quelqu’un. Il avait l’air de ne pas vouloir gêner les passants. Comme il était petit et timide ! Je pensai à son misérable commerce qui périclitait, à la salle basse et sans soleil, derrière sa boutique, où il passait ses journées.

Un bouddhiste ! Quelle pitié !