— Sans doute, répondit son père en haussant les épaules.
Et le mariage fut décidé.
On apporta à Ki-Kéou des nénufars et des tournesols, des pastèques et des grenades qui sont les fleurs et les fruits qu’il est convenable à un fiancé d’offrir à sa fiancée. Et elle courut de droite et de gauche avec ses ailes de jeune fille ; elle lissa son plumage ; elle forma mille projets puérils et les jours passèrent et l’on arriva à la septième lune de l’année du Lièvre pendant laquelle le mariage devait être célébré.
Ki-Kéou apprit de la bouche de son fiancé le nombre des livres canoniques et les principales vérités qu’ils contiennent. Dans le Chou-King il y a cinquante chapitres relatifs aux époques de Yao, de Chun et de Yu. Dans le Chi-King il y a des hymnes par centaines, il y a des odes par milliers. Dans le Y-King il y a tous les modes de divination employés par les thaumaturges anciens. Dans le Li-Ki sont les précieux rites, les inestimables règles de cérémonie. Mais à ces règles il fallait en ajouter d’autres ; il fallait multiplier les rites, codifier et recodifier les cérémonies. Il fallait faire une compilation de tous les livres, couper soigneusement ce qui n’était pas conforme à la convenance et à l’équité, ajouter les traditions aux traditions, bâtir un monument de préceptes, édifier un code fabuleux de toutes les prescriptions et de toutes les lois, dresser une gigantesque montagne de textes historiques et moraux.
Ki-Kéou fut bien effrayée d’apprendre que cette tâche appartenait à Confucius. Elle souriait et approuvait tout ce que disait son fiancé et elle était remplie d’admiration. Mais après, elle avait bien mal à la tête. Il lui semblait que les Livres sacrés étaient placés sur sa poitrine et l’étouffaient et, quand elle jouait du luth, ses doigts étaient moins légers et sa musique était moins belle comme si un génie caché qui aurait été son compagnon se fût envolé de son atmosphère.
Quel est donc ce bruit dans la rue ? demanda Confucius, au milieu du repas de mariage.
Et Tchang, le gardien de la maison, s’avança en riant et dit :
— C’est le boiteux Mong-Pi qui est tellement heureux de votre mariage qu’il fait mille plaisanteries étonnantes dont se réjouissent les enfants.