Un mot, un mot unique était gravé sur le jade.
Vainement Lao-Tseu le retourna dans tous les sens, admirant la fluidité spirituelle de la pierre essentielle que le règne minéral produit comme les gouttes de son âme, dans l’espoir de trouver un autre texte complémentaire.
Il n’y avait que l’unique mot qui se suffit à lui-même, le verbe du commencement et de la fin, et ce mot était :
— Tao.
Lao-Tseu posa le bloc de jade sur le sol et s’agenouilla devant lui.
Le soleil tombait au loin et de tous côtés la lumière se leva.
— O innommable, dit-il, toi qui es sans forme, toi qui ne te mesures pas avec le temps, toi que ne borne pas l’espace, que le verbe ne désigne pas, je suis toi, je suis sorti de ton souffle, j’ai été mesuré par le temps, borné par l’espace, je me suis exprimé avec le verbe et j’aspire à disparaître dans ton inconnaissable aspiration.
J’étais déjà né avant la manifestation d’aucune forme corporelle. J’apparus avant le suprême commencement. J’ai agi à l’origine de la matière simple et organisée. J’étais présent au développement de la masse première. Je me tenais debout sur le faîte du grand océan primordial et je planais au milieu du vide et du ténébreux. Je suis entré et je sortirai par les mêmes portes de l’immensité mystérieuse de l’espace.
J’ai été projeté dans l’innumérabilité des vies. Des millions de fois, je me suis modelé différemment. Réjoui et affligé de ma séparation j’ai tourné dans le cercle. Mais maintenant la lumière conductrice m’a été transmise. Je connais la parfaite perfection initiale où je dois tendre et, né de l’essence unique, je dormirai enfin à l’état de veille dans l’essence unique.