A peine Lao-Tseu avait-il dit ces mots que Siu-Kia était debout :
— O maître, je vais partir sur-le-champ. J’atteindrai le mont Kouen-Lun et les royaumes qui sont à l’Ouest ; je verrai l’homme merveilleux et je te rapporterai ses paroles.
Il prit un bâton, fit une boule avec du riz bouilli et pressé et la noua sur son dos. Mais il hésita :
— Qui prendra soin de toi ? Qui préparera ta nourriture en mon absence ?
Lao-Tseu sourit :
— Ceci est peu de chose. Mes besoins diminuent chaque jour. Tu vas chercher pour moi, au loin, une nourriture divine.
Et bien des jours s’écoulèrent. Chaque matin, sous l’aspect d’un très pauvre homme, l’archiviste de l’empire se rendait au marché acheter quelques légumes. Aucun lettré ne le visitait plus. Il ne voyait à chaque nouvelle lune que le fonctionnaire chargé de lui verser ses appointements. Il se réjouissait de sa solitude. Le palais des Esprits de la terre était de plus en plus pour les habitants de Lo-Yang ennuyeux comme la science, redoutable comme la vérité.
Très souvent Lao-Tseu interrompait ses méditations et regardait anxieusement la grande avenue de l’inculte jardin, avec l’espoir d’y voir apparaître la silhouette de son disciple Siu-Kia.
LES VOYAGES DE CONFUCIUS
La célébrité de Confucius se répandait dans l’empire par le moyen des conversations comme l’eau du fleuve Hoang-Ho se répandait dans les cultures par le moyen des canaux d’irrigation.