Il décida de quitter le royaume de Lou et il donna rendez-vous un matin aux quelques disciples qui n’avaient pas encore troqué leurs robes noires contre des robes de parade.
Il tint à ne rien emporter, à s’en aller plus pauvre qu’il était venu, car il était sincèrement désintéressé.
Mais Tseu-Lou et Tseu-Kong vinrent seuls au rendez-vous. Confucius attendit longtemps inutilement dans la mélancolie matinale d’une rue déserte. A la fin il se mit en route avec ses deux compagnons fidèles.
Or un chien errant, un misérable chien jaune, se mit à marcher derrière son cheval et ne voulut pas le quitter.
Confucius le connaissait bien. Ce chien avait élu pour domicile le seuil de sa maison. Il le voyait chaque jour et il était obligé de prendre un bâton pour l’empêcher de rentrer chez lui, car il estimait que la possession d’un chien est contraire à la propreté domestique.
Il le menaça inutilement. Le chien semblait s’être donné à lui. Il s’arrêtait, le regardait avec de grands yeux tristes, puis, quand Confucius repartait, il reprenait fidèlement sa marche derrière lui.
A la fin, Confucius le laissa faire et il dit à Tseu-Lou et à Tseu-Kong :
— Il n’y a pas pour m’accompagner un seul de ces habitants de Lou dont j’ai voulu le bien si passionnément. Et ce chien que j’ai toujours chassé de mon seuil me donne les marques de l’attachement le plus véritable. Comme cela est mystérieux !