Marco déclare qu’on ne doit pas avoir peur, qu’il faut raffermir son âme et que même c’est une école excellente pour s’aguerrir que de sortir après minuit. Il ajoute :

— Tu as des taxis à deux pas et je te surveillerai de la fenêtre.

Il sait fort bien que les taxis sont très loin de là et, quand la pauvre Jacqueline s’en va d’un pas rapide, elle n’entend même pas pour la rassurer Marco ouvrir sa fenêtre.

Je rappelle ces petits traits comme des choses plaisantes et sans importance du caractère de Marco et sous couleur de faire de la psychologie.

Je me repens aussitôt après parce que je vois s’attrister les yeux de Jacqueline et que je juge sévèrement ma conduite. Alors, pour me rattraper, je fais l’éloge de Marco, Jacqueline m’approuve, elle surenchérit et cela finit par un hymne d’éloges.

Et puis, je suis tout à fait vaincu quand Jacqueline ajoute à la fin, en rougissant et en détournant les yeux :

— Marco a surtout une qualité, mais je n’oserais jamais vous en parler.

LE MYSTÈRE DE L’HÉSITATION

L’amour de Jacqueline pour Marco était devenu une rêverie maladive, une sorte de folie. Elle ne parlait que de lui et, en même temps qu’elle multipliait à son sujet les paroles tendres et les regrets, elle ne cessait de me prodiguer toutes les coquetteries qu’une femme peut prodiguer à un homme qu’elle veut tenter et dont elle veut se faire aimer.

Embrasser une femme sur les lèvres, même longuement, quand on est étendu côte à côte dans la fumerie du peintre Dante, vêtus de kimonos légers, au milieu d’êtres qui s’embrassent aussi sur les lèvres, est une chose qui n’a vraiment aucune importance et qu’il convient d’oublier le lendemain.