— Marco vous adorait, Jacqueline. Il ne vous écrivait pas ? Pourquoi ? parce que les correspondances militaires étaient surveillées et qu’il avait peur d’être mal noté à cause d’une liaison irrégulière.
Je parlai sans crainte de l’invraisemblance avec une immense autorité.
— Marco vous adorait. Il a passé une journée entière à me le répéter. Quand je l’ai vu, il savait qu’il partait pour le front le lendemain, et ses dernières paroles ont été : Je n’ai aimé que Jacqueline, et si par hasard je meurs à la guerre, toi, notre ami commun, dis-lui bien…
DIFFÉRENTES MANIÈRES DE MOURIR
— Venez tout de suite, me dit la femme de chambre. Madame a une telle crise de désespoir qu’elle va se tuer. J’ai couru aussitôt vous prévenir.
J’interrogeai l’être simple qui était devant moi. Malgré sa simplicité éclatante et connue de sa maîtresse, cet être simple avait été, une heure auparavant, longuement questionné sur la valeur des poisons, leur puissance à détruire rapidement l’organisme, la difficulté de se les procurer.
Cet être simple me considérait du reste sans aucune sympathie. Il estimait que j’étais une des causes du malheur qui frappait sa maîtresse, s’appuyant sur une parole qu’il me rapporta.
— Elle a dit, en parlant de vous, qu’elle aurait été bien moins malheureuse, si vous n’aviez pas été un soir aussi stupide avec elle.
Il ajoutait qu’elle était en ce moment capable de tout, même de se jeter par la fenêtre.
Tout en courant chez Jacqueline, je me posais un problème. Aurait-elle mieux aimé que son amant soit vivant, ne l’aimant plus, ou mort en l’aimant toujours ? La solution ne me paraissait faire aucun doute, mais il y a des problèmes qu’il vaut mieux ne pas résoudre.