—Excusez-moi, monsieur de Coulanges, j'ai pour vous une grande estime, au contraire! mais j'ai eu tant de déceptions et je suis tellement dégoûtée de la vie que je suis injuste.
—Oui, vous êtes injuste!
—Accablez-moi, je le mérite; mais croyez à ma sincérité, à mon affection...
Elle était si émue que je crus voir un aveu s'échapper avec ses larmes. Que j'eusse été heureux si elle eût été sincère en temps utile! mais il était trop tard!
—Voici votre protégé, lui dis-je en voyant entrer Djémilé et l'enfant, qui avait repris ses vêtements masculins.
À la vue de Djémilé, mademoiselle de Cérignan resta atterrée. Elle la regarda en pâlissant, puis reportant les yeux sur moi, elle voulut parler. La parole expira sur ses lèvres. Elle gagna la porte, repoussa Louis qui l'avait suivie par habitude, et lui dit d'une voix tremblante de colère:
—Vous pouvez rester avec vos nouveaux amis, moi je n'ai pas le talent de vous amuser.
Et elle partit sans rien écouter et sans se retourner.
Louis se prit à pleurer, mais en montrant plus d'effroi de se voir abandonné que de tendresse pour la pauvre Olympe. Djémilé l'embrassa, lui essuya les yeux et l'emmena jouer.
Je n'étais nullement satisfait d'avoir en garde ce prétendu rejeton royal. Mais que faire? Je ne pouvais le mettre sur le pavé. Je lui accordai l'hospitalité pour la nuit. Le lendemain, jugeant que la colère de mademoiselle de Cérignan devait être tombée, je me rendis chez elle, mais je ne trouvai que le vieux petit juif. Il m'apprit qu'elle avait quitté le Caire.