Il me fit appeler.

—Haudouin, me dit-il, Desaix m'a appris que tu avais pour maîtresse la fille de Mourad. L'as-tu toujours?

—Oui, général. J'ai eu assez de peine à la ravoir.

Sur sa demande, je lui racontai brièvement comment je l'avais trouvée aux Pyramides, comment son père était venu me l'enlever en mon absence, et ce que j'avais fait pour la lui reprendre à mon tour.

—Bien! dit Kléber, Mourad est un héros de légende, sa fille une héroïne de roman, et toi, un enragé troupier. Je voudrais la voir, ta sultane, parle-t-elle français?

—Oui, général.

—En ce cas, je désire m'entretenir avec elle d'un projet qui, s'il réussit, doit avoir une grande importance pour l'armée. Elle peut me rendre un service signalé dans les circonstances présentes. J'irai avec mon secrétaire Poussielgue te demander à dîner demain, sans façon, en famille.

—Ne puis-je savoir de quoi il est question?

—Je te le dirai demain. D'ici-là, tu contrecarrerais peut-être mes plans.

Je m'en retournai assez inquiet et je prévins Djémilé de la visite du général en chef. Elle en fut très-fière. Le sultan des Français n'allait pas dîner chez tout le monde et c'était un grand honneur, disait-elle.