J'étais mécontent du peu d'empressement de ma future épouse, et, comme j'entrais en convalescence, je m'en plaignis tout haut devant mon esclave.
—Écoute, me dit-elle, tu sais si je te suis dévouée et si je prends part à tout ce qui te fait peine ou plaisir. Eh bien, n'épouse pas Djémilé de manière à ne pouvoir jamais divorcer, tu n'en auras que du chagrin.
—Je ne peux plus me dédire.
—Tant pis! En ce cas, promets-moi de me garder toujours auprès de toi, quand même ta khanoune le trouverait mauvais.
—Tu me demandes tout simplement de me brouiller avec elle.
—Pourquoi? est-ce que je ne la servais pas bien? N'ai-je pas donné ma vie pour elle? Ne saurait-elle m'en marquer un peu de reconnaissance en me souffrant dans sa maison? D'ailleurs, est-il besoin de son bon plaisir? N'es-tu pas le maître? Qu'est-ce que Djémilé, au bout du compte? une fille d'esclave, tandis que mon père et mon grand-père et tous les hommes de ma famille ont toujours été libres et indépendants comme le vent du désert! Je t'ai toujours été fidèle, moi, et je mérite autant qu'elle et davantage d'être ta seconde femme.
—Tomadhyr, j'estime ton caractère et j'ai beaucoup d'amitié pour toi, tu le sais bien. Je te garderai tant qu'il te plaira. Puis-je mieux dire?
—C'est bien; aussi Tomadhyr t'aime plus que sa vie! Elle te le prouvera.
Le lendemain, je venais de sortir pour la première fois, quand la petite fellahine se présenta tout effrayée devant moi.
—Qu'as-tu donc, Zabetta?