Je me cachai vivement sous un saule pleureur qui trempait sa chevelure dans l'eau. Le bateau aborda à dix pas de moi. Plusieurs hommes descendirent à terre. Parmi eux je reconnus Louis. Ramenait-il Djémilé dans cette barque, ou, comme l'avait projeté Olympe, l'enlevait-on lui-même?

Les autres s'entretenaient en anglais. N'en sachant pas un traître mot, je ne compris rien à leur conversation, si ce n'est que l'un d'eux était qualifié de mylord.

Il était grand et fort. Son visage, autant que je pouvais en juger de loin aux dernières lueurs du jour, répondait au signalement que m'avait donné le juif. C'était lord Humphrey!

Au moment où Louis s'engageait sur l'escalier, je m'élançai vers lui.

L'Anglais fit un aôh de surprise et arma un pistolet.

—C'est inutile, lui dis-je; je suis l'ami de ce jeune homme.

—Oui, oui, c'est mon ami! répéta Louis avec un peu d'effort.

Le lord abaissa son arme et retourna s'entretenir à voix basse avec ses hommes.

—Qu'as-tu fait de Djémilé? dis-je à Louis.

—Il m'a fallu la quitter, mylord m'a emmené de vive force et à l'insu de Mourad.