—Il n'a plus besoin de moi, il a des protecteurs riches et puissants, et j'ai rompu les liens qui m'enchaînaient à lui. Me voilà débarrassée de cette lourde responsabilité; je suis libre et je respire à pleins poumons. Ah! mon ami, quelle rude tâche mon dévouement m'avait imposée! Quel rôle j'ai dû jouer à vos yeux! celui d'une intrigante, d'une ambitieuse ou d'une aventurière! Vous avez dû me soupçonner d'être tout cela. Hélas! je suis une pauvre émigrée, qui a mangé dans l'exil et au service de la famille royale le peu de fortune qu'elle possédait; à propos, le prince vous a-t-il restitué l'argent que je vous avais emprunté pour lui?

—Oui, et je le tiens toujours à votre disposition.

—Je n'en veux pas, merci!

—Louis vous a dédommagée amplement?

—Je n'ai rien voulu recevoir. Sa fortune n'eût pas suffi à me dédommager de tout ce que j'ai fait pour lui. J'aime mieux qu'il reste mon obligé, le pauvre enfant!

—Olympe, il y a du dépit au fond de votre cœur. Avouez-le, vous avez perdu tout espoir de voir régner Louis XVII, vous venez vous rallier à la fortune du premier consul et vous ambitionnez comme autrefois une place de dame d'honneur auprès de Joséphine?

—Vous vous trompez, je suis plus fière que cela. J'aurais recherché cette situation pour servir le prince. À présent, je la refuserais. Je viens en France à la suite de lady Fox en qualité de dame de compagnie. N'est-ce pas une belle position pour la comtesse de Cérignan? J'ai été heureuse de revoir mon pays; j'y resterai peut-être, car l'Angleterre et les Anglais ne m'ont jamais été sympathiques.

—Et que ferez-vous, puisque vous n'avez plus de fortune?

—Je ne sais, je travaillerai pour vivre, je donnerai des leçons de musique ou de français. Bah! je ne suis pas en peine. Je serai libre! n'est-ce pas tout? Mais c'est assez parler de moi. Dites-moi, à votre tour, ce que vous êtes devenu. Je suis heureuse de vous retrouver si beau, si pimpant. Que de victimes vous devez faire au milieu de cet essaim de frétillantes dames d'honneur!

—Je vous jure qu'aucune de ces femmes n'a fait battre mon cœur. Il est à vous, Olympe, à vous seule, et...