Le retour de Dubertet la fit taire, et nous reprîmes le chemin de Boulaq. Au moment où j'allais les quitter:

—Je voudrais bien, dit-elle, voir cette petite mameluke que vous tenez enfermée avec tant de précautions. Est-elle jolie?

—Vous en jugerez par vous-même quand vous voudrez; mais je vous préviens qu'elle n'entend pas un mot de français.

—Ça ne fait rien, j'irai après-demain, si vous le permettez. En même temps vous me montrerez votre palais.

Je prévins Djémilé de la visite.

—Et comment faire, dit-elle, pour recevoir dignement cette dame française? Quelle idée va-t-elle prendre de moi si je n'ai qu'une seule esclave pour me servir? J'en voudrais au moins deux pour me tenir compagnie et me distraire, car je m'ennuie. Zeyla est dévouée, mais elle ne sait que des chansons nègres. Et puis il m'en faudrait bien trois ou quatre autres pour me servir.

C'était une bonne occasion de dépenser mon argent et d'étudier de près les mœurs de l'Orient. Je lui demandai si une douzaine lui suffisait.

—Je n'en veux que six, c'est ce que j'avais chez mon père.

—Je te les promets pour demain.

—Mais toi-même, tu n'as qu'un saïs (palefrenier), pour servir toi et ton cheval! C'est presque une honte pour un bey. Il te faut d'abord à la maison un portier, un cuisinier, un porteur d'eau, un kahwedj bachi pour faire ton café, un seradj-bachi pour tenir ton cheval quand tu vas à la promenade, un selikdar pour porter tes armes, un porte-pipe, un trésorier et un secrétaire, sans compter sept ou huit yamaks pour les servir tous.