—Oui, sidy (seigneur), mais, auparavant, terminons le marché. Je te laisse ma fille pour dix-huit talari.
Je les lui comptai pour en finir et je lui dis d'envoyer chez moi sa progéniture, qui semblait plutôt satisfaite que mécontente de la quitter.
Le marché aux esclaves était dans une ruelle étroite et malpropre. J'entrai de plain-pied dans une vaste cour entourée d'arcades. La lumière du jour, tamisée par les velums tendus d'une muraille à l'autre, plongeait dans un crépuscule, plus favorable au vendeur qu'à l'acheteur, une vingtaine d'hommes, de femmes et d'enfants plus ou moins nus, et plus ou moins noirs.
À ma vue, tout ce monde se jeta en désordre vers le fond de la cour, mais se rassura bientôt en voyant la vieille fellahine aborder comme une ancienne connaissance Yacoub, le marchand de chair humaine.
Dès que celui-ci connut le motif de ma visite, il s'avança vers moi d'un air obséquieux, et me demanda quel genre d'esclaves je souhaitais. Je lui dis de me montrer ce qu'il y avait de mieux pour un harem.
—J'ai ton affaire, dit-il; on m'a livré hier de la marchandise de première qualité et je vais te montrer ça; mais c'est cher, très-cher!
Il alla tirer d'un groupe une jeune nubienne, et, comme un maquignon claque les flancs d'une bête à vendre pour montrer la fermeté de sa chair, il frappa du plat de la main sur les épaules de cette fille au corps de bronze. Puis, il lui ouvrit la bouche pour me montrer ses dents blanches, en me disant: Tu vois, c'est grand et bien fait, ça peut avoir vingt ans, ça se porte bien, c'est fort, c'est assez sobre et ça n'a encore eu qu'un maître. Je te la garantis pour huit jours. Si d'ici là tu lui trouves quelque infirmité, ramène-la, je te rendrai ton argent ou tu en choisiras une autre.
—Combien en veux-tu?
—Deux bourses (250 francs).
J'étais surpris qu'une femme, fût-elle noire comme la nuit, coûtât si peu. Je la prends, lui dis-je. Comment s'appelle-t-elle?