DUPONT

Mais la société est coupable qui permet ça. Si les lois sont mal faites, qu'on les refasse! Qu'elles deviennent justes et équitables! qu'elles protègent au moins les petits contre la voracité des grands! Au lieu de la permettre, qu'elles empêchent l'injustice qui se commet aujourd'hui!… Je ne suis qu'un pauvre ouvrier sans instruction, mais il me semble qu'avec du bon sens, du raisonnement et du coeur, tous ces beaux messieurs qui nous dirigent pourraient faire de meilleures lois!

(Tremblant d'indignation, il donne un grand coup de poing sur la table, Hélène se dresse en sursaut. Elle parle d'une voix triste dont la douceur doit contraster avec la violence des répliques précédentes).

HELENE

Calmez-vous, Dupont, je vous en prie. Tout ce que vous pourrez dire ne servira de rien…

DUPONT, plus calme

Malheureusement!

(Madame Prévost rentre quelques provisions dans les bras, notamment un grand paquet de charbon de bois. En silence elle allume le réchaud et prépare du café).

HELENE

Je comprends, maintenant, quoique ça me révolte encore… La loi est la loi!… Parce que pour aimer un homme, pour le rendre heureux, pour avoir voulu écarter de lui tous les soucis, j'ai négligé de passer par la mairie, cette loi se dresse, aujourd'hui, implacable et sans pitié devant moi… Elle ne pardonne même pas à mon petit gosse, la négligence de son pauvre père. Tous les deux, elle nous condamne sans indulgence et d'autant plus durement qu'on n'a aucun recours contre elle. (Un temps) Mais ça ne m'empêchera pas de faire mon devoir de mère… Je travaillerai. Je chercherai du travail: le monde sera peut-être moins méchant que la loi et moins injuste que les patrons… (à Dupont) Vous m'aiderez, n'est-ce pas, mon brave Dupont, à trouver de l'ouvrage.