Chez Bellenger, place de l’École-de-Médecine, nous trouvons notre ami commun A..., étudiant en médecine (aujourd’hui médecin dans un département proche de Paris), qui a été aide-major du 248e fédéré, l’ancien bataillon de Longuet[6] pendant le siège.

—C’est bien simple de circuler sans danger d’être arrêté,—nous dit tranquillement A... On n’arrête pas les médecins. Mettez comme moi un brassard d’ambulancier.

Et il me passa au bras le brassard à croix rouge de la Convention de Genève.

Nous sortîmes, A... et moi, après avoir décidé d’aller tout d’abord rue de Madame, prendre des nouvelles de notre vieil ami Rogeard, l’auteur des Propos de Labiénus.[7]

Nous longeons la rue de Tournon et ensuite la rue de Vaugirard, filant vite, sans trop regarder autour de nous.

A peine avons-nous dépassé la porte du Petit Luxembourg, (aujourd’hui l’hôtel de la présidence du Sénat), que nous entendons sonner sur le trottoir un double pas. En même temps, une main s’abattait sur chacun de nous:

—Où allez-vous comme ça!

—Mais, nous allons... nous allons nous promener.

—C’est bien, c’est bien. Entrez d’abord ici avec nous.

Et les deux hommes de police, porteurs du brassard tricolore, nous poussaient dans la cour, déjà grouillante de prisonniers.