Le lendemain, je vais voir Antoine.
—Venez, m’a-t-il dit. Je vous montrerai la petite pièce où travaille «mon oncle»,—mon oncle, c’est Blanqui,—quand il paraît à la maison.
Le logis qu’occupait la sœur de Blanqui a disparu. Barrant le boulevard Saint-Germain, à la hauteur de la rue Hautefeuille, des bâtisses vermoulues que les opérations de voirie ont depuis longtemps jetées bas. Un étroit passage fait communiquer le tronçon de boulevard avec les petites rues, disparues, elles aussi, les unes en partie, les autres tout à fait, la rue du Jardinet, où était l’imprimerie de la mère Gaittet, et, plus loin, la rue Larrey, où était la Marmite de Varlin.
Au premier étage, un atelier de brochure, que dirige madame Antoine.
Un petit salon, d’allure simple, bourgeoise. Une toile attire le regard. Un homme, jeune, les bras croisés, cheveux ras, visage allongé, yeux ardents, lèvres minces, comme découpées au couteau.
—Mon frère, dit madame Antoine.
Le portrait est celui de Blanqui en 1838. Blanqui a trente-trois ans. Peint par sa femme, Suzanne-Amélie, dans cette petite maison de Jancy, sur les bords de l’Oise, où le gouvernement de Louis-Philippe l’a interné, après l’affaire de la rue de Lourcine.
Il a été fait, de cette toile, qui est le plus beau et le plus vivant portrait de Blanqui, une eau-forte, signée Gravier, dont j’ai un exemplaire, donné pur Breuillé.
Attenant au salon, une toute petite pièce, un couloir plutôt. Une table, deux chaises.
—C’est le cabinet où travaille mon frère,—quand il est là.