Nous entrâmes dans la salle voisine. Des infirmières vêtues de noir, ceinturées de rouge, s’empressaient autour des lits occupés. A la tête des lits, des fleurs. Des fleurs encore sur une console adossée à la muraille.
—Eh bien! mais, et tes sœurs?
—Mes sœurs! mais les voilà, nous répondit Paget en nous présentant les religieuses vêtues de deuil. Ces excellentes filles, nos Augustines d’hier, n’ont pas voulu quitter leurs malades. Elles ont accepté de changer un peu leur costume. Les voici vêtues maintenant en sœurs de la Commune.
Le visage de Paget rayonne. Ce qu’il ne nous dit pas, c’est que lui, révolutionnaire enragé, mais le meilleur et le plus doux des hommes, admire ces braves filles, d’un dévouement et d’une abnégation sans bornes.
Si Paget aime ses sœurs, les Augustines le lui rendent bien. Quand l’armée fut entrée, elles lui offrirent un refuge chez elles, dans leur maison. Et c’est ainsi que notre vieux Paget fut sauvé de l’exécution sommaire.
—Et puisqu’elles m’ont fait une concession sur le costume, reprend notre ami, je n’ai pas voulu être en reste avec elles. Approchez-vous. Dérangez ce bouquet de lilas à la tête du lit. Ma foi, vous voyez, derrière, c’est un Christ. Ceux qui ne veulent pas le voir ne voient que les lilas. Voilà tout.
Nous restions ébahis.
Ce Paget! Était-il malin!
Mais nous n’en avions pas fini de nos étonnements.
—Là-bas... ces grosses gerbes de fleurs... continue Paget... Venez.