—Voilà, mon lieutenant, c’est pour ce que nous vous apportons...
Celui qui porte le paquet l’a posé devant moi. Il dénoue lentement les cornes du foulard, qui s’étale, et laisse voir, à mes yeux étonnés, deux gentils bronzes, montés sur colonnettes de porphyre rouge et noir.
Voltaire et Jean-Jacques.
Voilà les deux petites statuettes debout.
Mes deux gardes ne disent plus rien.
Sachant que le Père Duchêne gagne pas mal de gros sous, veulent-ils me vendre les deux statuettes?
—Citoyen, me dit l’un, nous avons pensé, l’ami et moi, que ça vous ferait plaisir... Nous, nous n’y connaissons rien. Quand nous avons vu les deux petits bonhommes sur la cheminée du salon, là-bas, nous nous sommes dit: «Ça, ça sera pour le lieutenant.» Nous avons pris aussi des serviettes, des mouchoirs, qui ont bien fait l’affaire de nos citoyennes... Mais, des statues, qu’est-ce que vous voulez que nous foutions de ça?
—Alors, vous avez, je vois, raflé cela dans une villa aux avant-postes?
—Eh oui! Quand on se fait casser la gueule... tant pis pour les cochons qui ont de si belles maisons... Bien sûr, ils doivent jubiler, là où ils sont réfugiés, de savoir qu’on nous troue la peau... Peut-être même bien qu’ils nous tirent dessus...
L’argument était sans réplique. Inutile de discuter. Je tentai quelques timides observations... Le bien d’autrui...