Ces derniers 50.000 francs venaient d’être frappés.

Entre midi et une heure—exactement midi 45—sortaient, par la porte de la rue Guénégaud, deux fourgons, ou plutôt deux prolonges d’artillerie, qui m’avaient été envoyées, de l’Hôtel de Ville, la nuit précédente, par le commandant L...

Les deux prolonges, conduites par des gardes du train des équipages, étaient accompagnées par un détachement—environ 80 hommes—du 232e bataillon.

Elles transportaient les 153.000 francs, moitié en sacs, moitié dans des corbeilles.

Le quai étant balayé par les halles et les obus de l’armée de Versailles, les prolonges tournèrent à droite, gagnant la place Saint-Michel par les rues abritées, Mazarine, Dauphine, Christine, Saint-André-des-Arts, faisant des tours et détours pour trouver un chemin libre, à travers les barricades.

La marche était lente. Place Saint-Michel, un des mulets attelés à l’une des prolonges tomba. Il avait reçu une balle. On coupa les traits et on l’abandonna. Puis on continua par le quai Saint-Michel. Les gardes, se retournant, faisaient le coup de feu.

On marcha ainsi jusqu’au pont d’Austerlitz. Nous dûmes présenter notre laissez-passer pour franchir la barricade qui défendait le pont. Nous prîmes ensuite le boulevard Mazas jusqu’au haut du faubourg Saint-Antoine, puis la rue des Boulets jusqu’à la rue de la Roquette, et, enfin la place Voltaire.

Il était environ quatre heures, quand nous traversâmes la place, pleine de bataillons, prêts à partir aux avancées.

Nous croisâmes le groupe qui, à ce moment même, conduisait Beaufort au mur où il fut fusillé.[228] Nous le vîmes, au milieu d’une foule exaspérée, l’uniforme déchiré, la poitrine nue...

Les prolonges s’arrêtèrent devant la mairie, où, depuis la matinée, siégeait la Commune.