Tout à l’heure, on se tuera.

Où sont les troupes? Si j’allais aux nouvelles, tout près, là sur le quai, au coin de la rue de Savoie. Chez Lapeyrouse.

Lapeyrouse, le restaurant où il m’arrive de temps à autre de déjeuner. Rigault y vient, avec des amis de la préfecture. Levraud, Sornet, Giffault, Da Costa, d’autres.

J’entre. Cinq ou six tables occupées.

A l’une d’elles, Cavalier—que nous appelons familièrement Pipe-en-Bois. Cavalier occupe le poste de directeur des promenades et plantations, ou des voies publiques, on ne sait trop. Bref, il est, comme on l’a appelé plus tard, l’Alphand de la Commune. Quand il passa devant le conseil de guerre, Alphand déclara qu’il avait dirigé ses services avec une irréprochable correction.

Deux officiers fédérés ont abordé Cavalier, qui s’est levé brusquement. Sur son facies allongé, taillé à coups de serpe, coulent de grosses gouttes de sueur.

—Je n’ai rien, rien, dit-il. Allez à l’Hôtel de Ville.

On lui réclame, à ce bon Cavalier, des hommes pour les barricades, des brouettes, des pelles.

—L’Hôtel de Ville! Voilà une heure qu’il flambe!

A une table voisine de la mienne, trois ou quatre convives, que je ne connais pas. L’un d’eux a, sur son paletot gris, une écharpe rouge, sans glands d’or. Ce n’est donc pas un membre de la Commune. Un commissaire de police peut-être. Il a raconté tout haut l’exécution d’un espion.