Je trouve que de toutes les colonies qui vinrent s'établir en Amérique, aucune ne se livra à l'agriculture. Edward Winslow se rendit à Montaup, en 1621, pour tenter d'ouvrir une traite sur le blé. Massassoit revêtu d'un habit brillant et tout galonné d'or, entendit le message en homme qui est de bonne humeur, et accorda tout ce que l'on voulut.

Sa fidélité ne tarda cependant pas à être mise à l'épreuve. Le transfuge Squanto répandit le bruit qu'il assemblait ses guerriers pour fondre sur la colonie. Habanoc, autre sauvage, nia le fait, et conseilla d'envoyer à Montaup pour s'en assurer. M. Winslow et Hampden, de Londres, y trouvèrent tout dans une parfaite tranquillité.

Massassoit tomba malade l'année suivante. A la première nouvelle, Winslow lui fut envoyé. Prévenu de son arrivée, Massassoit lui saisit le main, en disant: Es-tu Winslow?... O Winslow! Massassoit ne te verra plus.--On le rétablit néanmoins avec quelques cordiaux. Il manifesta sa reconnaissance en dévoilant une ligne des tribus du Massachusetts, et en recommandant des mesures qui furent exécutées par le capitaine Standish.

En 1632, les Narraghansetts s'avancèrent jusqu'à Montaup. Massassoit les repoussa avec le secours de quelques Anglais. Il ne mourut que longtems après.

On a peine à comprendre qu'un Chef aussi dévoué aux Anglais, fut tellement ennemi de leur religion que de leur faire promettre de ne jamais convertir un seul de ses sujets. Les missionnaires catholiques firent quelques progrès; mais les difficultés étaient partout les mêmes. Un jeun Huron disait au P. Bréboeuf: «tu nous débites de fort belles choses; mais cela est bon pour vous autres qui êtes venus de l'autre bord du grand lac. Ne vois-tu pas que nous, habitans d'un monde si différent, ne pouvons arriver au Paradis par le même chemin.»

Massassoit ne se distingua guère comme guerrier. Il n'est que plus étonnant qu'il ait pu maintenir son autorité sur une grande confédération de peuples passionnés pour la guerre; bien différent en cela, et plus heureux que grand nombre de ses semblables, qui n'ont fait que hâter la ruine de leur race. Il régna sous le nom d'Ousamequin. Son fils aîné Vansutta, lui succéda sous celui de Moanan. Ce n'est pas le temps de raconter les malheurs de ce généraux Sache, qui suscitèrent un vengeur aux hommes rouges dans Metanco ou le Roi Philippe. Mais je passe aux Massachusetts, peuples voisin des Pokanokets.

La tradition nous apprend que quelques années avant l'arrivée des Anglais, un grand Sachem, Nanepashemet, ayant rassemblé autour de sa personne un grand nombre de guerriers, que sa valeur lui tenait attachés, étendit sa domination sur toutes les tribus qui habitaient le Massachusetts, lorsqu'il fut tué par on ne sait quel ennemi. Des voyageurs découvrirent un de ses forts en 2621. Construit dans une vallée, il était environné d'un large fossé et consistait en une forte palissade en pieux, haute de trente pieds. Il n'était accessible que d'un côté par une espèce de pont fort étroit. Le tombeau du Sachem se trouvait sous un grand bâtiment qui semblait avoir été la demeure de sa famille. Un petit monument sur une colline, indiquait le lieu où il était tombé. Sa femme connue sous le nom de Squaw-Sachem, appelée quelquefois la reine du Massachusetts, ne l'était point de fait; car après la mort de son mari, chaque tribu se mie en devoir de reconquérir sa liberté. Elle fit la guerre, mais la terrible peste de 1622, qui réduisit les guerriers de trois mille à quatre cents, l'empêcha de penser plus longtems à soutenir ses prétentions. Elle épousa le grand prêtre de sa tribu, Vacapovet, qui céda le territoire de Concord aux Anglais.

Nanepashemet avait laissé deux fils, Vonohoquaham et Metovampas. Le premier, Sachem de Ouinnesimet, fut un des plus fidèles amis des Anglais. On le connut toujours franc et poli. Lorsque les annales de ce Continent me feront voir les Européens se soumettant à la justice envers les sauvages, je m'empresserai de le consigner dans les pages de cette histoire. Ainsi dans ces tems de barbarie et de cruauté, où les Anglais massacraient sans remords, en citant de sang froid un passage de la Bible contre les Philistins ou les Madianites, Sir Richard Salstonstale et le gouvernement de Charleston se renfermaient dans des bornes que l'honneur et l'humanité défendent de franchir, et les deux races vécurent dans une heureuse harmonie sur un petit point de la Nouvelle Angleterre.

Metoouampas ou Metovampas, bien différent de son frère, était un esprit remuant. Il attaqua en 1631, les Tarradines, peuple féroce, qui le blessèrent et emmenèrent sa femme captive. La colonie ne crut pas devoir venger un affront si bien mérité, et elle eu plusieurs fois à faire ce discernement. Les deux frères moururent de la peste, en 1633. Vonohoquaham laissa en mourant son fils Mattamoï, sous la tutelle du R. Docteur Wilson.

Le même maladie enleva Chickatabot, ancien vassal de Nanepashemet. C'était un des meilleurs amis des Anglais. Le gouverneur Dudley n'écrivait pas moins à la comtesse de Lincoln: «Il y avait alors un marchand, M. Weston, qui envoya des planteurs sur la rivière Ouesaguscus. Mais comme ils n'étaient pas si bien intentionnés que ceux de Plymouth, ils ne réussirent pas au même point, et périrent presque tous. Ceux qui survécurent furent retirés des mains de Chickatabot et des sauvages, qui maltraitaient ces faibles Anglais.» Il est digne de remarque que l'on ne demanda jamais à Chickatabot d'autre raison de cette affaire. Ses descendans jusques à la troisième génération, ont cultivé l'amitié des Anglo-américains, et possédé de grands domaines.