En 1623, le capitaine Standish parut de nouveau à Nausett. Un sauvage ayant sauté dans la chaloupe des Anglais, et dérobé quelques objets, le capitaine entra en armes chez Aspinet, et redemanda avec bravades les objets volés. Le Sachem, sans s'offenser, lui offrit sa demeure, en attendant qu'il pût retrouver les choses demandées; mais ses offres généreuses furent rejetées, et les Anglais passèrent la nuit en armes près de leur embarcation. Le lendemain Aspinet parut sur le rivage avec une grande suite: il venait rendre la justice. Saluant le capitaine à l'anglaise [70] comme le lui avait montré le Chef Tisquantum, il ne se contenta pas de rendre les objets; mais il fit porter dans l'embarcation une grande quantité de pains.

Note 70:[ (retour) ] La légende dit que tous les sauvages de sa suite voulurent suivre son exemple; mais que ce fut de si mauvaise grâce, que tout l'équipage se mit à rire.

Le sort d'un autre Sachem du Massachusetts ne fut pas moins déplorable. Ianough, Sachem de Cummacuid, surnommé le Courtois, justifia ce beau titre par l'affabilité qu'il montra aux Anglais qui vécurent dans sa familiarité.

Standish allant à Nausett, coucha la première nuit de son voyage à Cummacuid. Ianough apprenant qu'il était à l'ancre prés de son domaine, l'avait fait prier de l'y venir voir. On dépeint le Sachem comme un jeune homme d'environ vingt-six ans, de belle taille et gentil de figure, n'ayant du sauvage que l'habit. Il reçut le capitaine à la tête de tout son peuple. Les femmes se mirent à danser [71] et à chanter autour de l'embarcation, et les hommes firent aussi de leur mieux pour témoigner leur allégresse. Ianough, en se séparant de Standish, lui passa son collier autour du cou.

Note 71:[ (retour) ] Deux illustres voyageurs nous décrivent une de ces fêtes, qui se passait dans une île, sur les lacs du Canada. Les trois hommes les plus âgés, assis sous un arbre, étaient les principaux musiciens. L'un d'eux battait un petit tambour formé d'une partie du tronc d'un arbre creux, couvert d'une peau; les deux autres l'accompagnaient avec des espèces de castagnettes ou de calebasses remplies de pois. Ces trois hommes chantaient, et les sons rauques et sauvages de leurs voix, mêlés à ceux de leurs instrumens, fesaient un effet bizarre, mais agréable à une certaine distance. Les danseuses chantaient aussi. Elles étaient vingt, qui formaient un cercle, en se tenant les mains autour du cou l'une de l'autre. Fesant ainsi la chaîne, et le visage tourné vers le feu, elles exécutaient des petits pas de côté, courts, serrés et rapides.

Tous les documens accordent à ce Sachem le plus beau caractère; mais il avait affaire à un monstre. Standish, passant une seconde fois à Cummacuid, y fut reçu aussi cordialement que la première fois; mais quelques perles ayant disparu, il répéta les violences qui lui avaient si bien réussi à Nausett, et ses bandits dirent tout haut, que ce coup de fermeté en avait tellement imposé aux barbares, qu'ils n'avaient osé rien entreprendre; tant il est vrai que les Européens, qui avilissaient ainsi le Christianisme, ne pouvaient croire aux vertus qui s'offraient à eux sur ces plages où il n'avait pas été prêché.

Cet affront ne fut pas le dernier. Ianough fut accusé contre toutes probabilités d'être entré dans la ligue contre Weston. Le fidèle Massassoit, lui-même, avait été sollicité: Ianough le fut de même sans que l'on pût en rien inférer. Cependant l'estimable Sachem de Cummacuid, à la fleur de l'âge, insulté, menacé, pourchassé, pour ainsi dire, par un ennemi que rien ne pouvait assouvir, et qui suspectait également ses caresses et ses craintes, s'exila, consterné, et mourut dans son désespoir.

CHAPITRE XII


ARGUMENT