Ces cinq nations, subdivisées en quinze tribus, formaient un co-état, dont chaque partie jouissait d'une certaine indépendance pour la paix et la guerre.

Au temps ou je parle, le canton des Mohacks était le plus populeux. Son territoire était fertile, et arrosé par une petite rivière qui serpente l'espace de sept ou huit lieues entre deux prairies. Deux lieues au-delà, on trouve une source sulfureuse dont l'eau, naturellement blanche, se résout en sel sous le feu. Il y en a une autre chez les Cayougué. Son eau, agitée violemment, s'enflamme, et semble de la nature de celle que l'on voit près Grenoble. Depuis la rivière des Onnondagué jusques à la rivière Niagara, le paysage est délicieux. Un terrain facile, agréablement boisé, est entrecoupé des lisières de sable peu profondes, qui ajoutent par le contraste à la fraîcheur de la verdure. Les forêts sont magnifiques, et la chasse y est abondante. La belle demeure de Sir William Johnson vint depuis ajouter un nouvel ornement è ces beaux domaines.

On a dit que les Iroquois s'appellaient dans leur langue Agonnonsionni, ou architectes par excellence, parce qu'ils se logeaient plus solidement et plus élégamment que les autres. Le gouverneur Clinton, dans un discours prononcé devant la Société Historique de New-Iork, les appelle Agnuschion ou Peuple Uni. Agonnonsionni et Aganuschion se ressemblent assez pour partager le critique. Quoiqu'il en soit, les Iroquois, chez eux, s'appellaient encore plus communément Mingos.

Pour revenir à leurs victoires incroyables, les confédérés, en liaison avec les Hollandais de Manhatte, furent à même de mépriser l'art et la science des Français. Ils apprirent à tirer de l'arquebuse et à se servir de toutes nos armes. Leurs capitaines reparurent dans les plaines, et les Algonquins subirent de nouveaux affronts, qui furent le prélude d'une série d'envahissemens sans parallèle dans les annales américaines. Les Erié furent les premiers anéantis: ils avaient occupé le pays au sud de ce fleuve. Les Andastes et les Chouanis subirent à peu près le même sort. Les Hurons et les Outaouais furent rejetés au milieu des Sioux, où ils se séparèrent, répandant partout la terreur du nom Iroquois. Les Illinois et les Miamis reçurent la loi. Les Nipicenans retraitèrent jusques à la baie d'Hudson. Le nom Mohack répandait l'épouvante chez tous les peuples de la Nouvelle-Angleterre, à la moindre apparition de ces guerriers sur les collines du Connecticut ou du Massachusetts. En dernier lieu les fureurs de la guerre envahirent les Alleghanis. Depuis Québec jusqu'au Mississipi, rien ne résista. Les Mingos réclamèrent comme leur territoire douze cents milles quarrés.

Leurs exploits firent grand bruit de l'autre côté de l'Atlantique. En France, on se servait de leur nom pour effrayer les enfans mutins, et le Président Hénaut citait avec orgueil les légers succès de quelques gouverneurs contre ces redoutables peuplades [73].

Note 73:[ (retour) ] V. Abrégé chronologique.

Malgré tant de conquêtes nul de leurs capitaines ne nous a été connu avant Oureouati. Les Outaouais éprouvèrent surtout sa valeur. Barbare à l'excès dans les commencemens, il s'opposa au célèbre Garrangulé (Garrakonthié), et traversa toutes ses démarches. Il harcela avec fureur les premiers habitans de Montréal. Mais le commerce des Européens l'adoucit beaucoup dans la suite; et après l'avoir vu semblable au tigre en fureur, nous l'entendons discourir avec modération à la paix de Kaihohague. Un mot de Garrangulé suffira dans une autre occasion, pour le faire rebrousser avec ses guerriers occupés à ravager la colonie. Oureouati fesait admirablement bien la petite guerre; on ne le trouve pas à la tête de partis de guerre bien considérables.

Voyons maintenant les efforts que fesaient les Hurons pour conserver le territoire dont ils étaient naturellement les maîtres.

CHAPITRE XIII