Le gouverneur Clinton met ce discours à côté de celui de Logan. L'article que j'ai donné plus haut, fait voir que M. Thatcher a tort de dire que toute la réputation de Garrangulé se fonde sur cette harangue, et que l'histoire ne dit rien des ses actions. M. Dainville lui accorde un esprit supérieur, un tact de convenances plus européen que sauvage: il était encore plus grand qu'on ne l'a fait. Taganissoré, Sadekanatie et Cannehoot lui succédèrent.

Entrons dans un grand conseil tenu à Onnondagué en 1690. Quatre-vingts Sachems pleins de majesté ordonnent qu'on admette les ambassadeurs d'Ononthio (le C. de Frontenac). Sadekanatie (Gagniegaton), l'ennemi particulier du général [109], se lève le premier, et s'adressant à Corlar, il l'informe de l'arrivée de quatre députés, dont trois étaient des Chefs revenus de France, et le quatrième était Sachem des Iroquois prians, Adharatah [110]. Ils annoncent le retour d'Houreouaré et des douze Chefs captifs en France. Sadekanatie prenant un collier de Ouampum envoyé par le comte, et le tenant par le milieu, ajouta: «Ce que je viens de dire n'explique que la moitié de ce collier. L'autre partie signifie que notre pàre Ononthio désire rallumer son feu à Cadaracui, aux premières feuilles, et qu'il invite ses enfans, et Teganissoré à traiter avec lui.»

Note 109:[ (retour) ] Gagniegaton parut deux fois à Montréal et à Québec où il déplut fort. Les caresses de M. de Callières l'adoucissaient un peu, mais il ne prétendait pas moins donner aux Français une leçon d'humanité en disant à ce général: Vous avez été plus cruels que moi, car vous avez fusillé douze Tsononthouans; c'est par représailles que j'ai mangé quatre des vôtres.»

Note 110:[ (retour) ] Par les Français surnommé le Grand Agnier, était Chef des Iroquois établis au Canada. C'était un homme de tête et de main. Il rendit aux Français de signalés services, et lorsque le marquis de Denonville, ne voyant pas arriver de députés Iroquois, désespérait de les amener à la paix, il s'offrit d'aller chez eux lui-même. Comme il traversait le lac Champlain, il rencontra un parti de soixante guerriers, et leur persuada habilement de retourner chez eux. Il prit le fort de Corlar avec d'Iberville et Ste-Hélène, en 1689, et se mit de nouveau en marche l'année suivante avec MM. de Brosse et Beauvais. Ils furent d'abord assez heureux, et battirent l'ennemi près Sorel; mais ayant appris que sept cents Mahingans les attendaient, ils retraitèrent jusqu'à la rivière au Saumon. Adharatah y fut tué dans une escarmouche.

Adharatah se levant après lui, parla en faveur de la paix: «Je conseille à mes frères, dit-il, d'aller trouver Ononthio (prenant un collier). Houreouaré envoie ce collier afin que les Mingos apprennent son arrivée de l'autre côté du grand lac, et pour leur donner la paix.»

Cannehoot, Sachem Tsononthouan, l'interrompit, et rendit compte d'un traité conclu avec les Ouahongas, peuple fréquentant la rivière des Outaouais. Sept tribus avaient pris part aux négociations qui devaient être ratifiées dans cette séance. Les Ouahongas disaient par la bouche de Cannehoot:

«Les Ouahongas sont venus pour unir deux peuples comme un seul.

«Ils sont venus pour apprendre la sagesse de Corlar et des Tsononthouans, et leurs présente un collier, qui a une grande vertu.

«Par ce collier, ils essuient les larmes de ceux qui ont perdu leurs amis dans les combats, et ils effacent les couleurs des guerriers peints pour les batailles.

«Ils enterrent la hache que leur a donnée Ononthio.