«Les Mingos ont fait la paix avec les Ouahongas. Leurs guerriers continueront de marcher contre toi jusqu'è ce que leur frère Houreouaré soit parmi eux.»
Sadekanatie ne fut effacé que par Teganissoré. Le comte de Frontenac entretenait pour ce dernier une estime singulière, et il aurait désiré qu'il succédât plutôt à celui qui lui avait montré une franchise si féroce. Teganissoré était de haute taille, bien fait de sa personne, et les traits de son visage ressemblaient, a-t-on dit à ceux qu'offrent les bustes de Cicéron. L'historien des cinq nations, Colden, qui l'avait bien connu, et l'avait souvent entendu parler, dit qu'il s'énonçait avec une facilité admirable et que les grâces de son élocution auraient plu partout. Il est à regretter dit M. Thatcher, qu'il ne nous soit parvenu que de faibles échantillons de son éloquence; cependant, le peu que nous connaissons démontre que le sentiment élevé de l'honneur, la grandeur d'âme, l'imperturbabilité, la sagacité et l'urbanité étaient chez lui de qualité de l'orateur comme de l'homme privé.
En 1693, un conseil fut tenu pour la paix à Onnondagué, mais ni les Anglais ni les Mohacks ne s'y trouvèrent. Teganissoré fut envoyé à Albany pour faire approuver le résultat des délibérations. C. Colden regarde le discours qu'il prononça en cette occasion, comme un bel exemple de son art à faire trouver bonne une mesure prise contre les intérêts des Anglais, et à faire valoir sa nation.
«Cayenguirago [113], dit-il, Teganissoré est venu t'annoncer que ses enfans, les Oneidé, ont envoyé des députés à Ononthio, et qu'ils ont reçu un collier.
«Aussitôt que Tareha [114] est arrivé devant Ononthio, on lui a demandé où étaient les six cents guerriers qui devaient frapper les Français, comme l'avait dit Carioki, le Mohack. Il a répondu que les guerriers n'étaient pas armés.
Note 113:[ (retour) ] Le colonel Fletcher. Ce nom signifie flèche rapide, et lui était appliqué par les Iroquois, à cause du prompt secours qu'il leur avait envoyé lors d'une démonstration contre leurs villages.
Note 114:[ (retour) ] Un des plus célèbres Chefs et orateurs des Iroquois, était Cayougué. Il conduisait avec lui une femme Oneida, dont tout le but était de voir le Comte de Frontenac. Ce n'était pas la reine de Saba, observe Charlevoix: elle ne flatta pas moins la vanité de ce seigneur, qui lui donna de quoi vivre. M. Isidore Lebrun croit qu'elle se fit religieuse.
«On l'a conduit à Québec, où il a dit: Ononthio, si tu veux planter l'arbre de la paix, viens à Albany: les cinq nations ne feront rien sans Cayenguirago. Ononthio s'est fâché, et il a répondu qu'il ne traiterait point avec Cayenguirago, mais avec les Cinq-nations, parce que l'arbre de la pais ne peut être planté que de l'autre côté du grand lac. Il a dit que les Mingos devaient être bien dégénérés, puisqu'ils s'étaient joint un sixième pour le pour les gouverner. Si les Mingos m'appellent, j'irai à Onnondagué, mais je n'irai point à Albany. Ils ont mal fait de se soumettre à Corlar, mais s'ils envoient deux députés des cinq peuples avec Teganissoré, le Grand Ononthio m'a dit d'enterrer la hache de guerre.
«Ibibigui a dit: Mes enfans des Cinq-Nations, j'ai compassion de vos jeunes gens; ainsi donc, venez bientôt me parler de paix, et laissez venir Teganissoré; car si le Mohack est seul, je ne l'écouterai point. Maintenant Tareha retourne, et dis aux anciens que j'attendrai leurs orateurs, jusqu'à ce que les arbres mûrissent, et que les fruits en soient enlevés. Je pars pour le grand lac, et je commande au Sachem que je laisse ici de leur faire la guerre, s'ils n'enterrent la hache des batailles. Je suis fâché que Quider et Cayenguirago vous aient joués. Autrefois vos Sachems parlaient à Ononthio, mais Corlar vous intimide.»
Ici Teganissoré prit occasion de s'excuser de son retard à se rendre à Albany. Il rapporta ce qu'il avait répondu à Ononthio.