«Mon père, dit Schinoniata, nous regardons ce jour comme heureux puisque nous te voyons; mais avons appris ton arrivée par ceux que tu nous as envoyés. Ils nous ont dit que tu désirais que nous allassions au-devant de toi: nous sommes venus.»

Il continua tenant un collier de rassades: «Tes envoyés nous ont dit que tu demandais dans quel lieu nous voulions que tu nous parlasses. Nous ne voyons pas de meilleur lieu qu'Onnondagué où tu nous parlera sur nos nattes, car les fredoches ne sont point propres au conseil.»

M. de Vaudreuil répondit assez bonnement: «Mes frères, je vous remercie de ce que vous êtes venus au-devant de moi. Mon dessein était toujours d'aller à Onnondagué pour vous y porter la parole de mon père. Vous êtes les maîtres du départ, et d'en fixer l'heure et le jour.»

Les Français auraient eu l'imprudence de s'engager dans le pays des Iroquois, mais Schinoniata, revenant sur ses pas, dit à M. Rigaud: «Mon père, tu vois que nous souhaiterions de te voir dans nos villages, mais nous sommes trop près de Corlar; il est fort, et il nous a dit, qu'il voulait sacrifier Ononthio. Tu pourrais être insulté. Nous allons envoyer dire à Onnondagué que tu es ici, et que l'on vienne entendre la parole de notre père.»

Enfin, le 6 août, on tint un grand conseil dans la tente du général. Les présens étaient rangés sur le bord du rivage. Les Iroquois les acceptèrent sans peine; ils firent force belles promesses, et M. de Vaudreuil alla informer le marquis du succès apparent de sa mission. Schinoniata ne devient pas plus mauvais ami de Sir William Johnson pour avoir reçu des présens. Il le suivit dans son expédition contre Niagara, et contribua à la défaite des Français. Un corps de mile guerriers franchit les lacs avec le général Amherst, et fondit avec lui sur la colonie. Les Mohacks virent tomber la jeune France avec les bandes aguéries du général de Lévis, à Montréal.

SECONDE PARTIE


CES ÉTRANGERS (disait le vieux prince Norwégien) sont arrivés ici comme une volée d'oies sauvages; ils y ont amené leurs petits, et s'y sont mis à couvert. Qu'on leur propose aujourd'hui de retourner dans leurs montagnes ou dans leurs basses terres, après qu'ils ont goûté de nos excellens poissons!!! Non, nous ne verrons plus les beaux jours de ces îles, les usages primitifs n'existent plus. Que sont devenus nos anciens Chefs, nos Fea, nos Shlaghrenner? Ils ont fait place aux Mouat; eux dont les noms prouvent assez qu'ils sont étrangers à ces rivages. Dans un siècle d'ici, à peine il restera un pouce de terre aux vrais habitans norses, aux propriétaires d'héritages norwégiens.

SIR WALTER SCOTT (Le Pirate).

CHAPITRE I