La seule chose à faire pour le savoir était d'ouvrir la caisse et d'en examiner le contenu.
Je suivis le procédé qui m'avait déjà servi, et coupai en travers l'une des planches dont cette énorme caisse était faite. J'eus infiniment de peine et fus au moins quatre ou cinq heures à pratiquer cette ouverture; mon couteau ne coupait plus et ma tâche en devenait plus difficile.
Je finis pourtant par compléter la section, et par détacher la partie inférieure de la planche que je fis tomber entre les deux caisses; la seconde moitié suivit la première, et j'eus une ouverture assez grande pour fouiller dans l'intérieur de cette boîte gigantesque.
De monstrueuses feuilles de papier recouvraient la surface d'un corps volumineux et résistant; j'arrachai cette enveloppe, et mes doigts glissèrent le long d'un objet poli comme un miroir; mais ce n'était pas une glace, car ayant frappé cet objet d'un revers de main, il résonna comme il avait fait une première fois; je donnai un coup plus fort et j'entendis une vibration harmonieuse, qui me fit penser à une harpe éolienne.
C'était un piano qui se trouvait dans la grande caisse, cela ne faisait pas l'ombre d'un doute. Il y en avait un dans notre petit parloir; ma mère en tirait des sons mélodieux; c'est encore aujourd'hui l'un de mes plus doux souvenirs, et je reconnaissais les vibrations qui m'avaient ému jadis. Cette grande table unie, où coulaient mes doigts comme sur du verre, n'était ni plus ni moins que la caisse de l'instrument.
CHAPITRE LVIII.
Détour.
La certitude que je venais d'acquérir était loin d'être encourageante: ce piano m'opposait une barrière peut-être insurmontable; je ne pouvais pas le traverser comme une planche de sapin. C'était assurément le plus grand de tous les pianos; quelle différence avec celui que je vois encore dans notre petit parloir, et sur lequel ma mère exécutait cette bonne musique! Il était posé de champ, et me présentait son couvercle de palissandre, où je ne découvrais pas le moindre petit trou, la plus légère fissure.
Jamais la lame de mon couteau ne parviendrait à mordre sur cette boîte glissante, dont le poli augmentait la dureté.
Quand, d'ailleurs, je serais parvenu à faire une trouée dans le couvercle, soit en le coupant, soit en le défonçant, ce qui, avec de la persévérance, n'eût pas été impraticable, où cela m'aurait-il conduit? Je ne connaissais pas la disposition intérieure d'un piano; tout ce que je me rappelais, c'était d'y avoir remarqué beaucoup de petits morceaux d'ivoire et d'ébène, un grand nombre de cordes en acier, des planches, des pédales, une foule de choses qui devaient être bien difficiles à défaire. Puis il y avait un fond solide; et après le fond du piano, restait la caisse d'emballage.