Avant d'arriver au paillasson, il fallait découvrir la caisse ou je me trouvais; vous connaissez les détails de cette besogne, et je ne vous les rappellerai pas; il me suffira de vous dire qu'elle fut moins difficile que je ne m'y attendais, en raison du vide qui se trouvait à ma droite; et je fus bientôt en face du paillasson, qui m'offrit peu de résistance.
La boîte qu'il entourait et que j'allais attaquer était bien en sapin; elle me parut moins épaisse que les autres, elle n'était pas bardée de fer comme les grandes caisses d'étoffe, les clous en étaient peu nombreux, toutes circonstances favorables dont je me félicitai. Au lieu de prendre la peine de couper les planches, ce qui était long et difficile, je pourrais les détacher tout d'abord, en me servant d'un objet quelconque pour en arracher les pointes. J'avais vu souvent ouvrir ainsi les caisses, au moyen d'un ciseau qui fait l'office de levier.
Je pensais bien peu, en me félicitant de ces heureuses circonstances, qu'elles seraient pour moi la cause d'un grand malheur, et que la joie qu'elles me donnaient allait se changer en désespoir.
Vous allez le comprendre en quelques mots.
J'avais inséré mon couteau sous l'une des planches, avec l'intention d'éprouver la résistance que celle-ci m'opposerait; j'appuyai trop sans doute, car un craquement sec, plus douloureux pour moi que n'eût été la détonation d'un pistolet, dont le coup m'aurait frappé, m'annonça que je venais de briser la lame de mon couteau.
CHAPITRE LIX.
La lame brisée.
La lame s'était rompue complétement, et restait fixée entre les deux côtés de la caisse; le manche seul me restait à la main; en passant le doigt sur l'extrémité de celui-ci, je ne trouvais plus qu'un tronçon imperceptible, deux ou trois millimètres au-dessus de la charnière.
Je ne puis pas vous dire le chagrin que j'en éprouvai; toutes les conséquences de cet accident m'apparurent: que pouvais-je faire sans instrument?
Plus moyen de gagner l'écoutille, d'arriver sur le pont; il me fallait renoncer à mon entreprise, et je me retrouvais face à face avec la mort.