Une fois que j'eus retrouvé mes espérances, je me dirigeai vers ma cabine avec l'intention de me reposer de corps et d'esprit. Il est inutile d'ajouter que la faim me poussa vers le buffet; j'en sortis un rat que je mangeai avec un plaisir dont vous vous étonnez, et qui aujourd'hui ne me surprend pas moins que vous.
CHAPITRE LX.
Espace triangulaire.
Je passai la nuit dans mon ancienne cabine; il serait plus juste de dire que j'y restai pendant mon sommeil, car il pouvait être grand jour; mais peu importe, je n'en dormis pas moins bien, et me réveillai plein de vigueur. C'était mon nouveau régime qui, sans aucun doute, produisait cet heureux effet; car, en dépit de la répugnance qu'il vous inspire, il faut reconnaître qu'il était nourrissant.
Je n'hésitai pas à déjeuner de la même chère; et après avoir bu ma ration d'eau je retournai dans la caisse où j'avais passé la journée précédente et une partie de la nuit.
En me retrouvant à la même place que la veille, je ne pus pas me dissimuler que j'avais fait peu de chemin pendant cette longue séance; mais quelque chose me faisait pressentir que j'allais être plus heureux.
Vous vous rappelez qu'au moment où la rupture de ma lame était venue me plonger dans la douleur, j'étais placé dans les circonstances les plus favorables où je me fusse encore trouvé: la caisse à laquelle j'avais affaire semblait facile à ouvrir; et je me revis dans la même situation en reprenant mon travail.
Cette fois, comme vous pensez, je n'eus pas la témérité de me servir de mon couteau pour soulever les planches et les enlever de leur point d'attache. Je connaissais trop la valeur de cet instrument, qui était celui de ma délivrance, et je cherchai un autre levier.
«Il me faudrait un morceau de bois très-dur,» pensai-je.
Je me souvins tout à coup des douelles de la barrique d'eau-de-vie.