Il devait cependant se trouver quelque chose; elle n'aurait pas été là si elle n'avait rien contenu; mais que pouvait-elle renfermer?
Je la frappai plusieurs fois avec le manche de mon couteau, elle rendit toujours le même bruit: un son creux annonçant le vide.
«On aura peut-être oublié de la remplir; de mieux en mieux: pensai-je. Dans tous les cas, c'est quelque chose de léger dont je me débarrasserai facilement.»
Mais à quoi bon ces conjectures? Il valait mieux défoncer la boîte que de perdre son temps à deviner une énigme; et en deux tours de main j'eus arraché la toile.
Je n'ai pas besoin de vous dire au moyen de quel procédé j'ouvris cette caisse; vous le connaissez aussi bien que moi: une planche fut coupée en travers, puis arrachée, ainsi qu'une seconde, et le passage fut libre.
Ma surprise fut extrême; je ne comprenais pas ce qu'il y avait dans cette boîte. Cependant, lorsque je fus parvenu à détacher l'un des objets bizarres qui m'intriguaient, je finis par découvrir que c'étaient des chapeaux.
Mon Dieu oui! des chapeaux de femme tout garnis de rubans, de fleurs et de panaches.
Si j'avais connu, à cette époque, le costume péruvien, j'aurais encore été bien plus surpris. J'aurais su qu'on ne voit jamais pareille coiffure charger la tête d'une Péruvienne. Mais je l'ignorais complétement, et n'étais étonné que de voir un article aussi futile faire partie de la cargaison d'un vaisseau.
On me donna plus tard l'explication de cette bizarrerie, en me disant qu'il y avait beaucoup de Françaises et d'Anglaises dans l'Amérique du Sud: les femmes et les filles des négociants établis dans cette partie du monde, celles des consuls, etc., et que malgré la distance qui les séparait de l'Europe ces dames n'en persistaient pas moins à suivre les modes de Paris ou de Londres, en dépit du mauvais effet que leur coiffure absurde produit aux yeux des indigènes.
C'était donc à ces élégantes qu'était destinée la caisse de modes où je venais de m'introduire.