Je coupai la toile qui enveloppait cette caisse de modes précieuses, et je pus avec la main sentir le mystérieux ballot: c'était un sac à blé; je le reconnus immédiatement, j'en avais assez palpé à la ferme.
Mais qu'est-ce qui le remplissait? était-ce de l'orge, du froment ou de l'avoine? Non, c'était quelque chose de plus doux.
Il était facile de s'en assurer; au moyen de mon couteau je fis au sac une ouverture suffisante pour y passer la main. Ce ne fut pas nécessaire: à peine avais-je fendu la toile, qu'une substance poudreuse s'en échappa, et que mes doigts, en se refermant, saisirent une poignée de farine. Je la portai à ma bouche: c'était de la farine de froment, j'en avais l'assurance.
Quelle heureuse découverte! je n'avais plus peur de mourir de faim, plus besoin de manger des rats. Avec de la farine et de l'eau je pouvais vivre comme un prince. Elle était crue, direz-vous? Qu'importe, elle n'en était pas moins agréable et saine.
«Dieu soit loué!» m'écriai-je en pensant à la valeur de cette découverte.
Je travaillais depuis longtemps, j'étais fatigué, j'avais grand'faim, et ne pus résister au désir de faire immédiatement un bon repas. Je remplis mes poches de farine et me disposai à retourner près de mon tonneau. Avant de partir j'eus toutefois la précaution de fermer la plaie que j'avais faite à mon sac, en y fourrant des morceaux de toile, et j'opérai ma descente.
Les rats, y compris le sac de laine qui me servait de garde-manger, furent placés dans un coin; j'espérais bien n'avoir plus à les en sortir; et faisant une pâte avec ma farine, je la mangeai d'aussi bon cœur que s'il se fût agi d'un tôt-fait ou d'un pouding à la minute.
Quelques heures d'un profond sommeil réparèrent mes forces; un nouveau plat de bouillie fut avalé prestement, et je revins à mon tunnel.
En arrivant au second étage, c'est-à-dire à la seconde caisse, je fus surpris de trouver sur toutes les planches une couche épaisse de poussière. Dans la logette, à côté du piano, cette couche était si forte que j'y enfonçais jusqu'à la cheville; quelque chose me tombait sur les épaules; je levai la tête, un nuage de poudre m'entra dans la bouche, dans les yeux et me fit tousser, éternuer, pleurer de la façon la plus violente. Mon premier mouvement fut de battre en retraite, pour me réfugier au fond de ma cellule; mais je n'eus pas besoin d'aller jusque-là; une fois dans l'ancienne boîte aux biscuits, je fus à l'abri de cette ondée pulvérulente, et je respirai librement.