Mais à peine avais-je posé la tête sur le rouleau d'étoffe qui me servait de traversin, que les grignotements redoublèrent; la souris dévorait mon brodequin, et à l'ardeur qu'elle y mettait, le dommage ne tarderait pas à être sérieux. Bien que mes chaussures me fussent inutiles pour le moment, je ne pouvais pas permettre qu'on les rongeât de la sorte, et me levant tout à coup, je me précipitai sur la bête.
Je n'en touchai pas même la queue, mais je crus entendre que la fine créature s'esquivait en passant derrière la pipe d'eau-de-vie, qui laissait un vide entre sa paroi extérieure et les flancs du vaisseau.
Je tenais mes bottines, et je découvris avec chagrin que presque toute la tige en avait été rongée. Il fallait que la souris eût été bien active pour avoir fait tant de dégât en aussi peu de temps; car au moment où j'avais cherché mon biscuit, les bottines étaient encore intactes; et cela ne remontait pas à plus de quatre ou cinq heures. Peut-être plusieurs souris s'en étaient-elles mêlées; la chose était probable.
Autant pour n'être plus troublé dans mon sommeil que pour préserver mes chaussures d'une entière destruction, j'ôtai ces dernières de l'endroit où elles étaient, et, les plaçant auprès de ma tête, je les couvris d'un pan de l'étoffe sur laquelle j'étais couché; puis, cette opération faite, je me retournai pour dormir à mon aise.
Cette fois, j'étais plongé dans un profond sommeil, lorsque je fus réveillé par une singulière sensation: il me semblait que de petites pattes me couraient sur les jambes avec rapidité.
Réveillé complétement par cette impression désagréable, je n'en restai pas moins immobile, pour savoir si la chose se renouvellerait.
Je pensais bien que c'était ma souris qui cherchait mes bottines; et, sans en être plus content, je résolus de la laisser venir jusqu'à portée de mes doigts, sachant bien qu'il était inutile de courir après elle. Mon intention n'était pas même de la tuer; je voulais seulement lui pincer l'oreille ou la serrer un peu fort, de manière à lui ôter l'envie de venir m'importuner.
Il se passa longtemps sans que rien se fît sentir; mais à la fin j'espérai que ma patience allait être récompensée: un léger mouvement de la couverture annonçait que l'animal avait repris sa course, et je crus même entendre le frôlement de ses griffettes. La couverture s'ébranla davantage, quelque chose se trouva sur mes chevilles et bientôt sur ma cuisse. Il me sembla que c'était plus lourd qu'une souris; mais je ne pris pas le temps d'y penser, car c'était le moment, ou jamais, de s'emparer de l'animal. Mes mains s'abattirent, et mes doigts se refermèrent.... quelle méprise, et quelle horreur!
Au lieu d'une petite souris, je rencontrai une bête de la grosseur d'un chaton; il n'y avait pas à s'y tromper, c'était un énorme rat.