—Par le grand diable vivant! ils vont partir à la brune.

Les sauvages détachent le tasajo et le mettent en rouleaux. Puis, chaque homme se dirige vers son cheval, les piquets sont arrachés: les bêtes menées à l'eau; on les bride, on les harnache et on les sangle. Les guerriers prennent leurs lances, endossent leur carquois, ramassent leurs boucliers et leurs arcs, et sautent légèrement à cheval. Un moment après, leur file est formée avec la rapidité de la pensée, et, reprenant leur sentier, ils se dirigent, un par un, vers le sud. La troupe la plus nombreuse est passée. La plus petite, celle des Navajoes, suit la même route. Non, cependant! cette dernière oblique soudainement vers la gauche et traverse la prairie, se dirigeant à l'est, vers la source de l'Ojo de Vaca.

XXVI

LES DIGGERS.[1]

[Note 1: Diggers, mot à mot: homme qui creuse, fossoyeur. C'est une race particulière de sauvage de ces montagnes.]

Notre premier mouvement fut de nous précipiter au bas de la côte, vers la source, pour y satisfaire notre soif, et vers la plaine pour apaiser notre faim avec les os dépouillés de viandes dont le camp était jonché. Néanmoins, la prudence nous retint.

—Attendez qu'ils aient disparu, dit Garey. Ils seront hors de vue en trois sauts de chèvre.

—Oui, restons ici un instant encore, ajoute un autre; quelques-uns peuvent avoir oublié quelque chose et revenir sur leurs pas.

Cela n'était pas impossible, et, bien qu'il nous en coûtât, nous nous résignâmes à rester quelque temps encore dans le défilé. Nous descendîmes au fourré pour faire nos préparatifs de départ: seller nos chevaux et les débarrasser des couvertures dont leurs têtes étaient emmaillotées. Pauvres bêtes! Elles semblaient comprendre que nous allions les délivrer. Pendant ce temps, notre sentinelle avait gagné le sommet de la colline pour surveiller les deux troupes, et nous avertir aussitôt que les Indiens auraient disparu.

—Je voudrais bien savoir pourquoi les Navajoes vont par l'Ojo de Vaca, dit notre chef d'un air inquiet; il est heureux que nos camarades ne soient pas restés là.