—Allons par là! allons par là! crièrent plusieurs voix.

—Il n'y a pas de gibier de ce côté, continua Séguin. Nous n'avons pas de provisions; il nous est impossible de prendre cette route.

—Pas moyen d'aller par là.

—Nous serions morts de faim avant d'avoir traversé les Mimbres.

—Et il n'y a pas d'eau non plus, sur cette route.

—Non, ma foi; pas de quoi faire boire un rat des sables.

-Il faut chercher autre chose, dit Séguin.

Après une pause de réflexion, il ajouta d'un air sombre:

—Il nous faut traverser le sentier, et aller par le Prieto, ou renoncer à l'expédition.

Le mot Prieto, placé en regard de cette phrase: renoncer à l'expédition, excita au plus haut degré l'esprit d'invention chez les chasseurs. On proposa plan sur plan; mais tous avaient pour défaut d'offrir la probabilité sinon la certitude, que nos traces seraient découvertes par l'ennemi et que nous serions rejoints avant d'avoir pu regagner le Del-Norte. Tous furent rejetés les uns après les autres. Pendant toute cette discussion, le vieux Rubé n'avait pas soufflé mot. Le trappeur essorillé était assis sur l'herbe, accroupi sur ses jarrets, traçant des lignes avec son couteau, et paraissant occupé à tresser le plan de quelque fortification.