—C'était peut-être le diable, Barney!

—Vraiment, camarades, j'ai vu quelque chose qui lui ressemblait fort, et je l'ai tué tout de même.

—Ha! ha! Barney a tué le diable! Ha! ha!

Vaya! s'écria un trappeur, poussant son cheval vers le fourré; l'imbécile n'a rien vu du tout. Je parie tout ce qu'on voudra….

—Arrêtez, camarade, cria Garey, prenons des précautions, méfions-nous des Peaux-Rouges. Il y a des Indiens là-dedans, qu'il en ait vu ou non; ce gredin-là n'était pas seul bien sûr, essayons de voir comme ça….

Le jeune chasseur mit pied à terre, tourna son cheval le flanc vers le bois, et, se mettant du côté opposé, il fit marcher l'animal en suivant une spirale qui se rapprochait de plus en plus du fourré. De cette manière, son corps était caché, et sa tête seule pouvait être aperçue derrière le pommeau de la selle, sur laquelle était appuyé son fusil armé et en joue. Plusieurs autres, voyant faire Garey, descendirent de cheval et suivirent son exemple. Le silence se fit de plus en plus profond, à mesure que le diamètre de leur course se resserrait. En peu de temps, ils furent tout près de l'îlot. Pas une flèche n'avait sifflé encore. N'y avait-il donc personne là? On aurait pu le croire, et les hommes pénétrèrent hardiment dans le fourré. J'observais tout cela avec un intérêt palpitant. Je commençais à espérer que les buissons étaient vides. Je prêtais l'oreille à tous les sons; j'entendis le craquement des branches et les murmures des hommes. Il y eut un moment de silence, quand ils pénétrèrent plus avant. Puis une exclamation soudaine, et une voix cria:

—Une peau rouge morte! Hourra pour Barney!

—La balle de Barney l'a traversé, par tous les diables! Cria un autre.
Hilloa! vieux bleu de ciel! Viens ici voir ce que tu as fait!

Les autres chasseurs et le ci-devant soldat se dirigèrent vers le couvert. Je m'avançai lentement après eux. En arrivant, je les vis traînant le corps d'un Indien hors du petit bois: un sauvage nu comme l'autre. Il était mort, et on se préparait à le scalper.

—Allons, Barney? dit un des hommes d'un ton plaisant, la chevelure est à toi. Pourquoi ne la prends-tu pas, gaillard?