XLI
L'ENNEMI.
Je dormis peut-être une heure ou une heure et demie. Si mes rêves eussent été des réalités, ils auraient rempli l'espace d'un siècle. L'air frais du matin me réveilla tout frissonnant. La lune était couchée; je me rappelais l'avoir vue tout près de l'horizon quand le sommeil m'avait pris. Néanmoins, il ne faisait pas très-nuit, et je voyais très-loin à travers la brume.
—Peut-être est-ce l'aube, pensai-je, et je me tournai du côté de l'est.
En effet, une ligne de lumière bordait l'horizon de ce côté. Nous étions au matin. Je savais que l'intention de Séguin était de partir de très-bonne heure, et j'allais me lever, lorsque des voix frappèrent mon oreille. J'entendais des phrases courtes, comme des exclamations, et le bruit d'une troupe de chevaux sur le sol ferme de la prairie.
—Ils sont levés, pensai-je, et se préparent à partir.
Dans cette persuasion, je me dressai sur mes pieds, et hâtai ma course vers le camp. Au bout de dix pas, je m'aperçus que le bruit des voix venait de derrière moi. Je m'arrêtai pour écouter. Plus de doute, je m'en éloignais.
-Je me suis trompé de direction! dis-je en moi-même, et je m'avançai au bord de la barranca pour m'en assurer.
Quel fut mon étonnement lorsque je reconnus que j'étais bien dans la bonne voie, et que cependant le bruit provenait de l'autre côté! Ma première idée fut que la troupe m'avait laissé là et s'était mise en route.
—Mais non; Séguin ne m'aurait pas ainsi abandonné. Ah! Il a sans doute envoyé quelques hommes à ma recherche, ce sont eux.