Mais les protestations du pauvre diable ne servaient à rien. Le frottage et le savonnage allèrent leur train pendant dix minutes au moins. Puis on souleva la grande olla, et on en versa tout le contenu sur la tête et sur les épaules du patient.

Quel fut l'étonnement des femmes, lorsqu'elles s'aperçurent qu'au lieu de disparaître, la couleur rouge était devenue, s'il était possible, plus éclatante et plus vive que jamais. Une autre olla pleine d'eau fut vidée en manière de douche sur les oreilles du pauvre Irlandais; mais rien n'y faisait. Barney n'avait pas été si bien débarbouillé depuis longtemps, et il ne serait pas sorti mieux lavé des mains d'un régiment de barbiers.

Quand les squaws virent que la teinture résistait à tous leurs efforts, elles abandonnèrent la partie, et notre camarade fut replacé sur le dos. Son lit n'était plus aussi sec qu'auparavant, ni le mien non plus, car l'eau avait imbibé la terre tout autour, et nous étions tous couchés dans la boue. Mais c'était un léger inconvénient au milieu de tout ce que nous avions à supporter. Longtemps encore les femmes et les enfants des Indiens restèrent autour de nous, chacun d'eux examinant curieusement la tête de notre camarade. Nous eûmes notre part de leur curiosité; mais O'Cork était l'éléphant de la ménagerie. Les Indiennes avaient vu des cheveux semblables aux nôtres sur la tête de leurs captives mexicaines; mais, sans aucun doute, Barney était le premier rouge qui eût pénétré jusque-là dans la vallée des Navajoès. La nuit vint enfin; les squaws retournèrent au village, nous laissant à la garde de sentinelles qui ne nous quittèrent pas de l'oeil jusqu'au lendemain matin.

L

ÉMERVEILLEMENT DES NATURELS.

Jusque-là nous étions demeurés dans une complète ignorance du sort qui nous était réservé. Mais d'après tout ce que nous avions entendu dire des sauvages, et d'après notre propre expérience, nous nous attendions à de cruelles tortures. Sanchez, qui connaissait un peu la langue, ne nous laissa, au surplus, aucun doute à cet égard. Au milieu des conversations des femmes, il avait saisi quelques mots qui l'avaient instruit de ce qu'on nous destinait. Quand elles furent parties, il nous fit part du programme, d'après ce qu'il avait pu comprendre.

—Demain, dit-il, ils vont danser la mamanchic, la grande danse de Moctezuma. C'est la fête des femmes et des enfants. Après-demain, il y aura un grand tournoi dans lequel les guerriers montreront leur adresse à l'arc, à la lutte et à l'équitation. S'ils veulent me laisser faire, je leur montrerai quelque chose en fait de voltige.

Sanchez n'était pas seulement un toréro de première force, il avait passé ses jeunes années dans un cirque, et, nous le savions tous, c'était un admirable écuyer.

—Le troisième jour, continua-t-il, nous ferons la course des massues; vous savez ce que c'est?

Nous en avions tous entendu parler.