—Le chasseur de scalps!
—Oui; vous avez sans doute entendu parler de lui, cela ne peut pas être autrement pour peu que vous ayez parcouru la montagne.
—J'en ai entendu parler. L'infâme scélérat! l'égorgeur sans pitié d'innocentes victimes!…
Une forme noire s'agita sur le mur, c'était l'ombre d'un homme. Je levai les yeux. Séguin était devant moi. Saint-Vrain, en le voyant entrer, s'était retourné, et se tenait près de la fenêtre, semblant surveiller la rue. J'étais sur le point de continuer ma tirade en lui donnant la forme de l'apostrophe, et d'ordonner à cet homme de s'ôter de devant mes yeux; mais je me sentis impressionné par la nature de son regard, et je restai muet. Je ne saurais dire s'il m'avait entendu ou s'il avait compris à qui s'adressaient les épithètes injurieuses que j'avais proférées; rien dans sa contenance ne trahissait qu'il en fût ainsi. Je remarquai seulement le même regard qui m'avait tout d'abord attiré, la même expression de mélancolie profonde. Se pouvait-il que cet homme fût l'abominable bandit dont j'avais entendu parler, l'auteur de tant d'atrocités horribles?
—Monsieur, dit-il, voyant que je gardais le silence, je suis vivement peiné de ce qui vous est arrivé. J'ai été la cause involontaire de ce malheur. Votre blessure est-elle grave?
—Non, répondis-je avec une sécheresse qui sembla le déconcerter.
—J'en suis heureux, reprit-il après une pause. Je venais vous remercier de votre généreuse intervention; je quitte Santa-Fé dans dix minutes, et je viens vous faire mes adieux.
Il me tendit la main. Je murmurai le mot «adieu,» mais sans répondre à son geste par un geste semblable. Les récits des cruautés atroces associées au nom de cet homme me revenaient à l'esprit, et je ressentais une profonde répulsion pour lui. Son bras demeura tendu et sa physionomie revêtit une étrange expression quand il s'aperçut que j'hésitais.
—Je ne puis accepter votre main, lui dis-je enfin.
—Et pourquoi? demanda-t-il avec douceur.