—J'aurai perdu l'équilibre en cherchant mon chemin vers l'eau.

—Dans votre délire, vous vous êtes élancé en avant. Vous auriez recommencé une seconde fois si nous ne vous en avions pas empêché. Quand nous vous eûmes hâlé sur le rocher, vous fîtes tous les efforts imaginables pour retourner en arrière; vous voyiez l'eau dessous, mais vous ne voyiez pas le précipice. La soif est une terrible chose: c'est une véritable frénésie.

—Je me souviens confusément de tout cela. Je croyais que c'était un rêve.

—Ne vous tourmentez pas le cerveau. Le docteur me fait signe qu'il faut que je vous laisse. J'avais quelque chose à vous dire, je vous l'ai dit (ici un nuage de tristesse obscurcit le visage de mon interlocuteur); autrement je ne serais pas entré vous voir. Je n'ai pas de temps à perdre; il faut que je sois loin d'ici cette nuit même. Dans quelques jours, je reviendrai. Pendant ce temps, remettez vos esprits et rétablissez votre corps. Le docteur aura soin que vous ne manquiez de rien. Ma femme et ma fille pourvoiront à votre nourriture.

—Merci! merci!

—Vous ferez bien de rester ici jusqu'à ce que vos amis reviennent de Chihuahua. Ils doivent passer près de cette maison, et je vous avertirai quand ils approcheront. Vous aimez l'étude; il y a ici des livres en plusieurs langues; amusez-vous. On vous fera de la musique. Adieu, monsieur!

—Arrêtez, monsieur, un moment! Vous paraissiez avoir un caprice bien vif pour mon cheval.

—Ah! monsieur, ce n'était pas un caprice; mais je vous expliquerai cela une autre fois. Peut-être la cause qui me le rendait nécessaire n'existe-t-elle plus.

—Prenez-le si vous voulez; j'en trouverai un autre qui le remplacera pour moi.

—Non, monsieur. Pouvez-vous croire que je consentirais à vous priver d'un animal que vous aimez tant et que vous avez tant de raisons d'aimer? Non, non! gardez le brave Moro; je ne m'étonne pas de l'attachement que vous portez à ce noble animal.