* * * * *
Je maniais habilement le crayon, et j'amusais ma compagne en faisant des croquis sur des carrés de papier et sur les feuilles blanches de ses cahiers de musique. La plupart de ces croquis représentaient des figures de femmes, dans toutes sortes d'attitudes et de costumes. Elles se ressemblaient toutes par les traits du visage. L'enfant, sans en deviner la cause, avait remarqué cette particularité.
—Pourquoi cela? demanda-t-elle un jour que nous étions assis l'un près de l'autre. Ces femmes ont toutes des costumes différents, elles sont de différentes nations, n'est-ce pas? Et pourtant elles se ressemblent toutes? Elles ont les mêmes traits; mais tout à fait les mêmes traits, je crois?
—C'est votre figure, Zoé; je ne puis pas en dessiner d'autre. Elle leva ses grands yeux, et les fixa sur moi avec une expression d'étonnement naïf; mais sa physionomie ne trahissait aucun embarras.
—Cela me ressemble?
—Oui, autant que je puis le faire.
—Et pourquoi ne pouvez-vous pas dessiner d'autres figures?
—Pourquoi? parce que je…—Zoé, je crains que vous ne me compreniez pas.
—Oh! Henri, croyez-vous donc que je sois une si mauvaise écolière? Est-ce que je ne comprends pas tout ce que vous me racontez des pays lointains que vous avez parcourus? Sûrement, je comprendrai cela tout aussi bien…
—Alors, je vais vous le dire, Zoé.