J'avalai le fortifiant breuvage.

—Maintenant, mon cher ami, dit Saint-Vrain, vous valez cent pour cent de plus! Mais, dites-moi: est-ce sérieusement que vous avez parlé de venir avec nous à travers les plaines? Nous partons dans une semaine. Je serais au regret de me séparer de vous sitôt.

—Mais je parlais très-sérieusement. Je vais avec vous, si vous voulez bien m'indiquer ce qu'il faut faire pour cela.

—Rien de plus aisé. Achetez d'abord un cheval.

—J'en ai un.

—Eh bien, quelques articles de vêtement, un rifle, une paire de pistolets, un…

—Bon, bon! j'ai tout cela. Ce n'est pas ça que je vous demande. Voici: vous autres, vous portez des marchandises à Santa-Fé; vous doublez ou triplez votre argent par ce moyen. Or, j'ai 10,000 dollars ici, à la Banque. Pourquoi ne combinerais-je pas le profit avec le plaisir, et n'emploierais-je ce capital comme vous faites pour le vôtre?

—Rien ne vous en empêche; c'est une bonne idée.

—Eh bien, alors, si quelqu'un de vous veut bien venir avec moi et me guider dans le choix des marchandises qui conviennent le mieux pour le marché de Santa-Fé, je paierai son vin à dîner, et ce n'est pas là une petite prime de commission, j'imagine.

Les marchands de la prairie partirent d'un grand éclat de rire, déclarant qu'ils voulaient tous aller courir les boutiques avec moi. Après le déjeuner nous sortîmes bras dessus bras dessous. Avant l'heure du dîner, j'avais converti mes fonds en calicots, couteaux longs et miroirs, conservant juste assez d'argent pour acheter des mules, des wagons, et engager des voituriers à Indépendance, notre point de départ pour les prairies. Quelques jours après nous remontions le Missouri en steam-boat, et nous nous dirigions vers les prairies, sans routes tracées, du Grand-Ouest.