Au nord et au sud, pendant plus d'un millier de milles, depuis les plaines
du Texas jusqu'aux lacs du Canada, tout le long de la baie des montagnes
Rocheuses, et jusqu'à moitié chemin des établissements qui bordent le
Mississipi, vous ne trouverez pas un arbre, pas un brin d'herbe.
—Et à l'ouest des montagnes?
—Quinze cents milles de désert en longueur sur à peu près sept ou huit cents de large. Mais la contrée de l'ouest présente un caractère différent. Elle est plus accidentée, plus montagneuse, et, si cela est possible, plus désolée encore dans son aspect. Les feux volcaniques ont eu là une action plus puissante, et, quoique des milliers d'années se soient écoulées depuis que les volcans sont éteints, les roches ignées, à beaucoup d'endroits, semblent appartenir à un soulèvement tout récent. Les couleurs de la lave et des scories qui couvrent les plaines à plusieurs milles d'étendue, dans certains endroits n'ont subi aucune modification sous l'action végétale ou climatérique. Je dis que l'action climatérique n'a eu aucun effet, parce qu'elle n'existe pour ainsi dire pas dans cette région centrale.
—Je ne vous comprends pas.
—Voici ce que je veux dire: les changements atmosphériques sont insensibles ici; rarement il y a pluie ou tempête. Je connais tels districts où pas une goutte d'eau n'est tombée dans le cours de plusieurs années.
—Et pouvez-vous vous rendre compte de ce phénomène?
—J'ai ma théorie; peut-être ne semblerait-elle pas satisfaisante au météorologiste savant; mais je veux vous l'exposer.
Je prêtai l'oreille avec attention, car je savais que mon compagnon était un homme de science, d'expérience et d'observation, et les sujets du genre de ceux qui nous occupaient m'avaient toujours vivement intéressé. Il continua:
—Il ne peut y avoir de pluie s'il n'y a pas de vapeur dans l'air. Il ne peut y avoir de vapeur dans l'air s'il n'y a pas d'eau sur la terre pour la produire. Ici, l'eau est rare, et pour cause.
Cette région du désert est à une grande hauteur; c'est un plateau très-élevé. Le point où nous sommes est à près de 6,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. De là, la rareté des sources qui, d'après les lois de l'hydraulique, doivent être alimentées par des régions encore plus élevées; or, il n'en existe pas sur ce continent. Supposez que je puisse couvrir ce pays d'une vaste mer, entourée comme d'un mur par ces hautes montagnes qui le traversent; et cette mer a existé, j'en suis convaincu, à l'époque de la création de ces bassins. Supposez que je crée une telle mer sans lui laisser aucune voie d'écoulement, sans le moindre ruisseau d'épuisement; avec le temps, elle irait se perdre dans l'Océan, et laisserait la contrée dans l'état de sécheresse où vous la voyez aujourd'hui.