—Est-ce un pari, garçon?

—Non, ce n'est pas un pari.

—Pourquoi donc user ta poudre alors? en as-tu trop?

—J'ai été battu, reprit le trappeur à voix basse, et battu par cet
Indien.

Rubé chercha de l'oeil l'Indien, qui se tenait droit et majestueux, dans toute la noblesse de son plumage. Aucune apparence de triomphe ou de fanfaronnade ne se montrait sur sa figure; il s'appuyait sur son rifle dans une attitude à la fois calme et digne. A la manière dont le vieux Rubé le regarda, on pouvait facilement deviner qu'il l'avait déjà vu auparavant, mais ailleurs que dans ce camp. Il le toisa du haut en bas, arrêta un instant les yeux sur ses pieds, et ses lèvres murmurèrent quelques syllabes inintelligibles qui se terminèrent brusquement par le mot: «Coco

—Tu crois que c'est un Coco? demanda l'autre avec un intérêt marqué.

—Est-ce que tu es aveugle, Billye? Est-ce que tu ne vois pas ses mocassins?

—Tu as raison; mais j'ai demeuré chez cette nation, il y a deux ans, et je n'ai pas vu d'homme pareil à celui-là.

—Il n'y était pas.

—Où était-il donc?