—Comment vas-tu faire, Rubé? cria un des chasseurs. Vas-tu tirer le but sur ta propre tête?

—Attendez un peu, vous allez voir, répliqua Rubé, se dirigeant vers un arbre, et tirant de son repos un long et lourd rifle qu'il se mit à essuyer avec soin.

L'attention se porta alors sur les mouvements du trappeur. On se mit à bâtir des conjectures sur ce qu'il voulait faire. Par quel exploit voulait-il donc éclipser le coup dont on venait d'être témoin? Personne ne pouvait le deviner.

—Je le battrai, continua-t-il en rechargeant son fusil, ou bien vous pourrez me couper le petit doigt de la main droite. Un autre éclat de rire se fit entendre, car chacun pouvait voir que ce doigt lui manquait déjà.

—Oui, oui, oui, dit-il encore regardant en face tous ceux qui l'entouraient; je veux être scalpé si je ne fais pas mieux que lui.

A cette dernière boutade, les rires redoublèrent, car, bien que le bonnet de peau de chat lui couvrit entièrement la tête, tous ceux qui étaient là savaient que le vieux Rubé avait depuis longtemps perdu la peau de son crâne.

—Mais comment vas-tu t'y prendre? Dis-nous ça, vieille rosse.

—Vous voyez bien ça, n'est-ce pas? demanda le trappeur, montrant un petit fruit du cactus pitayaya qu'il venait de cueillir et de débarrasser de son enveloppe épineuse.

—Oui, oui, firent plusieurs.

—Vous le voyez, n'est-ce pas? Vous voyez que ça n'est pas moitié aussi gros que la calebasse de l'Indien. Vous voyez bien, n'est-ce pas?