CHAPITRE XXXVII.

LES ANES SAUVAGES DE L'AFRIQUE

Malgré le succès de cette chasse, l'esprit de Von Bloom n'était pas en repos; à la vérité, l'ivoire était conquis, mais de quelle manière! Le succès avait dépendu en grande partie du hasard et n'était pas un gage de succès futurs. Il pouvait se passer des mois entiers avant qu'on retrouvât une autre chambre à coucher d'éléphant.

Telles étaient les réflexions du porte-drapeau le soir de son heureuse expédition; mais elles étaient moins agréables encore deux semaines après.

Il avait redoublé d'efforts; il avait chassé pendant douze jours consécutifs, et n'avait ajouté à son trésor qu'une seule paire de défenses! C'étaient celles d'une femelle; elles n'avaient pas deux pieds de long, et leur valeur était médiocre.

Pourtant presque chaque jour on avait rencontré des éléphants sur lesquels on avait pu tirer; mais ce n'était pas une consolation. Il était démontré que la fuite leur était facile, et qu'on avait peu de chances de les prendre tant qu'on les poursuivrait à pied.

Les chasseurs à pied peuvent approcher de l'éléphant, lui envoyer une balle; mais quand il se met à trotter à travers la jungle, il devient inutile de le suivre; il fait plusieurs lieues sans s'arrêter, et si les chasseurs parviennent à le rejoindre de manière à lui envoyer un second coup de fusil, ce n'est que pour le voir ensuite disparaître dans les fourrés, où l'on finit par perdre ses traces.

A cheval, le chasseur distance sans peine l'éléphant. Une particularité du grand pachyderme, c'est que, dès qu'il s'aperçoit que son ennemi, quel qu'il soit, est capable de l'atteindre, il dédaigne de faire un pas de plus. Le chasseur le tire alors à loisir.

Un autre avantage du chasseur monté est de pouvoir éviter les attaques de l'éléphant furieux.

Il n'est pas étonnant que Von Bloom soupirât après la possession d'un cheval, d'un noble compagnon qui eût assuré le succès de ses chasses. Ses regrets étaient d'autant plus vifs, qu'après avoir exploré la contrée, il l'avait trouvée remplie d'éléphants. Il en avait vu par centaines à la fois, tous peu disposés à s'effrayer d'un coup de feu. Peut-être n'avaient-ils jamais entendu la détonation d'un fusil avant que le long roer du porte-drapeau leur cinglât les oreilles.