Les espèces asines de l'Afrique australe diffèrent entre elles par leurs penchants et leurs mœurs. Le zèbre, qui se tient dans les montagnes, est farouche et sauvage. Le dauw hante les plaines désertes, mais il est aussi intraitable que le précédent. Le couagga, qui vit également dans les plaines, est d'un naturel timide et docile; on peut le dresser avec autant de facilité qu'un cheval. Si les fermiers du Cap le laissent en paix, c'est qu'ils ont des chevaux en abondance; mais Von Bloom se trouvait dans une position exceptionnelle, et il pensa sérieusement à dompter des couaggas.

CHAPITRE XXXVIII.

LE COUAGGA ET L'HYÈNE

Jusqu'à ce jour, le porte-drapeau avait à peine daigné faire attention aux couaggas. Il en avait vu souvent un troupeau, peut-être le même, venir boire au lac. Il aurait pu en tuer plusieurs; mais à quoi bon? Leur chair jaune et huileuse n'est mangeable que pour les naturels affamés; leur cuir, que l'on emploie parfois à faire des sacs, est de peu de valeur. Par ces motifs, nos aventuriers avaient laissé en paix les couaggas, ne se souciant pas d'user leur poudre à détruire d'aussi inoffensives créatures. Tous les soirs régulièrement ils s'étaient rendus au lac et s'étaient retirés après avoir bu, sans exciter la moindre attention.

La position était bien changée, et le nouveau projet qui occupait l'esprit de Von Bloom donnait tout à coup aux couaggas autant d'importance qu'aux éléphants. Il admirait les bandes dont leurs têtes étaient ornées, leurs jambes fines, leurs formes rebondies. Ces animaux dédaignés, que le fermier tue seulement pour la nourriture de ses Hottentots, devenaient précieux à ses yeux. Ne pouvait-il pas les soumettre à la selle et au harnais, et s'en servir comme de chevaux pour la chasse à l'éléphant? ce n'était nullement impraticable, et l'espérance se ranima dans le cœur du porte-drapeau.

Rayonnant de joie, il communiqua ses idées à sa famille, et tous s'étonnèrent de ne pas y avoir songé plus tôt.

Mais comment prendre les couaggas? Von Bloom, Hans, Hendrik et Swartboy ouvrirent une conférence pour en délibérer.

On ne pouvait rien faire le jour même, et le troupeau s'éloigna sans être inquiété. Les chasseurs savaient qu'il reviendrait le lendemain, et l'attendaient à son retour.

Hendrik conseilla de se servir des armes à feu. En frappant le couagga à la partie supérieure du cou, près du garrot, on le blesse sans le tuer. Il se rétablit promptement et s'apprivoise de même; mais en général il reste dans un état d'abattement dont il ne se relève pas.

Hans trouva cette pratique trop cruelle.